Chez les partisans d’une élection présidentielle comme sortie de crise, la question des libertés crée un véritable malaise et les oblige à multiplier les déclarations tantôt pour affirmer qu’ils ont été les premiers à dénoncer les arrestations jugées « arbitraires » de personnes mises en détention préventive pour délit d’opinion, tantôt pour exprimer dans le contexte de crispation actuel leur doute quant au succès du dialogue auquel ils souscrivent pour tenir un scrutin présidentiel.

Par Lyes Sakhi et Aziz Latreche
Cette attitude a été en tout cas rendue visible, hier, par les interventions de deux chefs de partis politiques engagés dans le « Forum du dialogue national » organisé par les « Forces du changement », ce rassemblement de formations politiques, syndicales et associatives convaincues qu’un processus transitionnel n’est pas la bonne voie pour sortir l’Algérie de la situation d’exception politique dans laquelle elle se trouve aujourd’hui.
Le premier leader de parti à s’exprimer à ce sujet a été le chef de Talaie El Hourriyet. Au forum du quotidien arabophone El Hiwar, Ali Benflis a regretté que « le dialogue qui est l’unique issue que nous avons si nous voulons sortir de la crise ne peut se faire dans les circonstances actuelles », allusion faite aux arrestations, à la restriction des libertés d’expression et des médias». Un constat qui lui a fait dire qu’il faut «libérer les détenus d’opinion dont moudjahid Lakhdar Bouragaâ». «Sa place n’est pas en prison», a-t-il dit de l’ancien officier de la wilaya IV historique avant de s’en prendre aux médias qui ont porté atteinte à son parcours de combat et l’ont diffamé. Pour M. Benflis, le dialogue politique pour la tenue d’une élection présidentielle comme voie de sortie de la crise doit être couvert de garanties dont celles du respect des libertés individuelles et collectives. A propos du « Forum du dialogue national », il a indiqué que cette initiative n’a pas apporté toutes les solutions à la crise, que le chemin est encore long, mais qu’il représente un cadre idoine pour créer les convergences nécessaires à condition que le pouvoir en place exprime des intentions d’apaisement. Il est allé jusqu’à dire sous la forme de suggestion que les restrictions aux libertés sont plus menaçantes que le vide constitutionnel actuel, qui était « prévu » et qui « ne doit pas nous faire peur tant que le peuple est debout et pacifique », a-t-il dit lors de son intervention

Makri sur la défensive…
Le deuxième leader se réclamant de l’option des présidentielles comme clé à la crise, c’est Abderrazak Makri du Mouvement de la Société pour la Paix (MSP). M. Makri qui s’est exprimé lors d’un point de presse à Alger sur le
« Forum national du dialogue » a réagi aux accusations portées contre sa formation et d’autres qui ont signé la plate-forme d’Ain Benian d’avoir minimisé l’ampleur des atteintes aux libertés. « Ce n’est pas vrai que le document ne s’intéresse pas aux libertés et la défense des détenus et de l’expression comme certains le disent. Cela n’est pas vrai, il est écrit noir sur blanc que les libertés sont défendues, il est mentionné le refus d’emprisonner les gens pour leurs avis politiques ». « Certains parties veulent faire croire à l’opinion publique que le Forum du dialogue national ne s’est pas penche sur les question des libertés, cela est faux », a-t-il poursuivi.
A propos du cas Bouregaâ, le chef du MSP rappellera que son parti a publié un communiqué dénonçant l’arrestation du moudjahid dès l’annonce de son placement sous mandat de dépôt. « D’abord parce que c’est une question de principe, mais aussi parce que ce chef révolutionnaire a soutenu le fondateur du mouvement Mahfoudh Nahnah en 1999 lorsque ce dernier s’est vu refuser sa candidature pour les présidentielles et a subi par la suite toutes sortes de brimades et de campagnes de désinformation ». « Le Hirak n’a pas encore réalisé ses objectifs : après 20 vendredis de mobilisation, les médias vivent sous la pression politique et financière permanente, tandis que les associations sont toujours dans l’obligation d’allégeance », a-t-il encore dit à propos des libertés.
Afin de justifier le choix de son parti de militer pour la tenue d’une élection présidentielle, M. Makri s’est insurgé contre l’accusation portée selon lui contre les « Forces du changement » de ne pas réclamer le départ des « deux B», MM. Bensalah et Bedoui. « Ce n’est pas vrai que ce document a négligé la question du départ des B. Le document a parlé du départ des symboles du pouvoir dans au moins trois ou quatre passages ». Pour M. Makri, la solution à la crise algérienne réside dans « un processus électoral permettant l’élection d’un nouveau président qui, lui, aura la légitimité d’apporter les amendements constitutionnels nécessaires dans le cadre d’un dialogue national avant d’aller vers des élections législatives ». «L’instauration d’un conseil constituant est une idée qui n’est pas réalisable parce que ce genre d’instance ne peut être instauré qu’après des révolutions qui dégagent des chefs détenteurs de légitimité historique, une chose qui ne s’applique pas sur le mouvement populaire pacifique algérien », a-t-il poursuivi.
Le chef du MSP n’a pas manqué de porter des critiques sévères contre ceux qu’il a appelé les « laïcs extrémistes » ou les « démocrates » en leur attribuant les « attaques que subit le MSP ». «Ils activent comme des groupes d’intérêts et non pas comme des partis politiques qui détiennent des programmes. »