La star du cinéma égyptien et arabe Mahmoud Hemida a ouvert un débat avec les participants au 2e Festival du cinéma méditerranéen de Tunisie Manarat.

Mahmoud Hemida, 65 ans, est aujourd’hui l’acteur égyptien le plus sollicité par les cinéastes et les réalisateurs de dramas. Il est également souvent dans les festivals en raison de sa longue expérience dans le cinéma et dans la télévision et sa parfaite connaissance de l’univers du septième art en Egypte. Il a, à son actif déjà, une soixantaine de longs métrages et une quinzaine de feuilletons. Il a été distribué pour la première fois dans un film en 1986 avec «Al Awbach» (les voyous) d’Ahmed Fouad aux côtés de Yahia Fakhrani et Mirvet Amine. Il a ensuite interprété des rôles dans des films tels «L’empereur» de Tarek Al Aryane, «Assr al kouwa» (l’époque de la force) de Nader Jallal, «Une femme qui va tomber» de Medhat Sebai, «Désir sauvage» de Khayri Bichara, «La porte du diable» de Adel Al Asar… En 1997, il est choisi par Youssef Chahine pour jouer le rôle de Khalifa dans le long métrage à succès «Le Destin» qui a suscité un vif débat à l’époque. Il a également collaboré avec Mohamed Khan, le père du cinéma réaliste égyptien. En 2004, le long métrage «Bhab Cinéma» (j’aime le cinéma) d’Oussama Fawzi a provoqué un tollé parce qu’il abordait la thématique de l’extrémisme religieux. Mahmoud Hemida a partagé la vedette avec Leila Alwi dans ce film. En 2017 et 2018, il a joué dans six longs métrages, les derniers en date étant les films d’action «La guerre de Karmouz» de Baytar Mimi et «Ultra confidentiel» de Mohamed Samy. Mahmoud Hemida, qui s’est lancé dans la production cinématographique aussi, a rencontré le public du Festival du cinéma méditerranéen de Tunisie Manarat à la salle Al Alahmbra à El Marsa. Il a raconté ses débuts au théâtre dès l’âge de cinq ans dans son village avant de perfectionner son art à l’université en s’intéressant aussi à la danse contemporaine.

«Je suis passé par l’école du théâtre expérimental»
«A 11 ans, je participais au concours de théâtre dans les écoles. Je jouais du Shakespeare. Je suis passé par l’école du théâtre expérimental qui, pour moi, signifie d’abandonner des éléments du théâtre classique comme les décors ou les dialogues. Je me suis intéressé à la relation entre le comédien et le public. Beaucoup de cinéastes et hommes de théâtre venaient à mes spectacles. J’ai été choisi par un réalisateur pour un premier rôle dans une feuilleton (Ahmed Ben Madjed, au début des années 1980). Après, je suis passé au cinéma», a-t-il dit. Il a confié avoir voulu étudier le génie mécanique à l’université. «Je suis entré à la faculté de Ain Shems, mais j’ai échoué. Je suis passé à d’autres études. J’étais le premier en Egypte à écrire sur ma carte professionnelle : métier comédien. Les autres acteurs, comme Mahmoud Abdelaziz ou Yahia Fakharani, écrivent sur leurs cartes leurs formations de base, comme ingénieur agronome, ils n’écrivent pas acteur. Il y a comme un mépris à l’égard de ce métier. Nous devons nous en débarrasser. Acteur est un métier qui doit être respecté. C’est un métier qui a plus de 2 000 ans», a-t-il plaidé. Les jeunes acteurs doivent, selon lui, être conscients de la profondeur historique de leur métier.

«Si je dois continuer d’exister, je dois viser plus haut»
«Aujourd’hui, je constate que certains acteurs veulent rester petits, dans leurs coin, entourés de leurs proches. Ils peuvent réussir, mais tombent rapidement. Si je dois continuer d’exister, je dois viser plus haut, pas plus bas. Pour y arriver, il faut beaucoup travailler, se former continuellement, s’entraîner. L’acteur ne doit pas négliger son corps qui est son instrument de travail. Le musicien a la note et l’instrument, le plasticien la plume et les couleurs, et ainsi de suite, sauf pour l’acteur qui est lui-même son propre instrument. Son erreur étant donc de ne pas être préparer. D’où la difficulté de l’actorat. La formation est aujourd’hui essentielle», a souligné Mahmoud Hemida. Il a rappelé qu’il a appris l’art d’interpréter des rôles en faisant d’autres métiers. «J’ai presque appris sur le tas. De nos jours, ce n’est plus possible. La pression de la société sur l’individu est forte pour qu’il réussisse. Il doit faire vite, comme le café soluble. Ceux qui veulent devenir comédiens doivent savoir que le parcours est difficile. Mais, ils doivent le suivre. Ils ne vont pas uniquement gagner de l’argent, mais un certain développement humain. Ils doivent faire des entraînements pour leurs corps et leurs voix. C’est dur. Cela exige de la volonté, sinon ils ne peuvent pas interpréter des rôles», a-t-il conseillé.

«S’il n’y a pas de distraction, quel est donc l’intérêt de voir un film ?»
Le cinéma doit, selon lui, permettre aux gens de passer de bons moments, de se distraire. «Les spectateurs doivent oublier pour un instant leurs ennuis de tous les jours en regardant un film. S’il n’y a pas de distraction, quel est donc l’intérêt de voir un film ? Je n’aime pas cette habitude qu’ont certains cinéastes d’annoncer les objectifs de leurs films. Ils disent je fais ce film pour lutter contre le fléau de la drogue ou contre le phénomène du terrorisme. C’est une prétention mensongère continue. On ne peut jamais le prouver. On n’a jamais vu un film convaincre les jeunes de ne plus consommer de drogues dans la vraie vie ! Le spectateur choisit ce qu’il a envie dans un film y compris des ennuis. Seul le spectateur est juge au final», a-t-il souligné.