Ahmed Gaïd Salah adresse un «dernier avertissement» à tous ceux qui, selon lui, manipulent les slogans du Hirak, s’opposent à la voie constitutionnelle de règlement de la crise et dénoncent l’emprisonnement des jeunes porteurs de l’emblème amazigh et autres détenus d’opinion.

Ses cibles ne peuvent être que les partis de l’opposition, les personnalités et autres organisations de la société civile. Le général de corps d’armée, chef d’état-major de l’ANP, qui prononçait, hier, une allocution à l’occasion de la cérémonie de remise du prix de l’ANP pour la meilleure œuvre scientifique, culturelle et médiatique au titre de l’année 2019, organisée au cercle militaire de Beni Messous, a usé d’un ton pour le moins menaçant.
Considérant les élections présidentielles comme « la clé pour accéder à l’édification d’un Etat fort avec des fondements sains et solides », Ahmed Gaïd Salah a pointé du doigt « les supplétifs et les inféodés de la bande » qui tentent de semer des « embûches», à travers « des slogans mensongers, aux intentions et objectifs démasqués comme réclamer un Etat civil et non militaire ». « Ce sont là des idées empoisonnées qui leur ont été dictées par des cercles hostiles à l’Algérie et à ses institutions constitutionnelles. Des cercles qui vouent une haine inavouée envers l’ANP (…) et envers son Commandement national qui a prouvé par la parole puis par les actes qu’il demeure au service de la ligne de conduite nationale du peuple algérien », a accusé le vice-ministre de la Défense. Pour lui, tenir cet engagement « commence à effrayer les supplétifs et les inféodés de la bande, au point où ils ont commencé à mener des campagnes aux objectifs bien connus, pour remettre en cause toute action qu’entreprend l’institution militaire et son Commandement novembriste ».

« Mise en garde »
Plus clair, le chef d’état-major parle « des appels directs » au rejet de toute action qui peut concourir à résoudre la crise et dont les auteurs croient pouvoir échapper à la justice. Ce n’est pas le cas, puisque l’homme fort de l’Armée ne compte pas rester sans rien faire. « Nous leur adressons une sérieuse mise en garde, que l’Algérie est plus chère et plus précieuse pour qu’elle soit, elle et son peuple, victimes de ces traitres qui ont vendu leur âme et conscience et sont devenus des outils manipulables, voire dangereux entre les mains de ces cercles hostiles à notre pays», a-t-il lâché. Une mise en garde que Gaïd Salah lance, partant des « prérogatives» dévolues à l’Armée.
Tout en assurant que chaque « offense tendancieuse et mensongère » à l’égard de l’institution militaire « ne diminuera guère de sa valeur», l’orateur considère que quiconque se dissocie des vertus du combat valorisé par l’histoire glorieuse de l’Algérie, cette histoire même qui définit « le vrai moudjahid comme un grain de bien et non pas un germe de mal »,
« se place systématiquement dans la case des corrupteurs, avec tout ce que cela implique ». Une allusion claire au moudjahid Lakhdar Bouregaâ mis en détention préventive pour « atteinte au moral des troupes ».

Personne « ne pourra échapper à la sanction et la justice »
Face à cette situation et en offensive contre ses adversaires, Gaïd Salah estime qu’il
« est grandement temps » d’avoir une vision rigoureuse fondée sur la protection de l’intérêt suprême de l’Algérie. Et ce par la prise de
« toutes les dispositions réglementaires envers les agissements de ces traitres contre l’avenir du peuple et le destin de la patrie », a-t-il plaidé, non sans préciser que ce sera « l’appareil de la justice qui statuera sur ce qui adviendra de ces traitres et prendra toutes les dispositions équitables, mais dissuasives et rigoureuses au demeurant ». « Aussi, quiconque a l’audace d’attenter à l’Algérie, à l’avenir de son peuple et la pérennité de son Etat, ne pourra échapper à la sanction et la justice s’occupera de lui tôt ou tard », a appuyé le général de corps d’armée, ajoutant : « C’est là le dernier avertissement à l’égard de tous ceux qui marchandent avec l’avenir de la patrie et de son intérêt suprême ». Ahmed Gaïd Salah ne terminera pas sans identifier – même indirectement – ses cibles. Ceux qui considèrent, dit-il, « le fait de porter atteinte à l’emblème national et manquer de respect au drapeau national », qui « qualifient ceux qui ont failli envers le peuple et la patrie de prisonniers politiques et de prisonniers de l’opinion ». « Est-ce raisonnable ? », se demande le chef d’état-major.
Et de s’interroger si ces derniers se « croient-ils aussi intelligents au point de pouvoir duper le peuple algérien avec ces inepties et ces manigances ? ». Sur ce, il réitère sa conviction selon laquelle
« ceux-là ne sont pas les enfants de ce peuple et ne savent guère sa vraie valeur, ni ses principes» et qui ont « la mentalité des corrupteurs ».