Difficile à prouver, mais certains ont de forts soupçons. C’est le cas de Pierre-Luc Dusseault, député canadien de l’Etat de Sherbrooke. Il vient de jeter un pavé dans la mare, en faisant état d’importants fonds qui seraient transférés à partir d’Algérie vers le Québec. Dans une correspondance transmise au ministre des Finances du Canada, William Francis Moreau, le parlementaire a, en effet, alerté sur «le transfert d’importantes sommes d’argent par la classe politique algérienne qui se
prépare à un exil imminent». Il y souligne : «Je vous écris aujourd’hui pour vous faire part d’une situation préoccupante qui nécessite votre attention et votre vigilance. Il m’a été rapporté que depuis que de grands changements politiques et sociétaux et institutionnels sont réclamés par les soulèvements populaires du peuple algérien au cours des derniers mois, il y aurait d’importantes sommes d’argent qui seraient envoyées au Canada, particulièrement au Québec.» Le député canadien y souligne que «ces mouvements financiers sont majoritairement faits par la classe politique et dirigeante algérienne actuelle». «En votre qualité de ministre des Finances, écrit-il, vous avez le devoir de veiller à l’intégrité du régime financier canadien et de lutter contre le blanchiment d’argent.» Le député canadien qui estime que «le peuple algérien est en droit de récupérer l’argent volé par les dirigeants corrompus», demande au ministre des Finances «de ne pas faire du Canada un refuge pour les fonds illicites transférés par ces responsables corrompus». «Le peuple algérien, poursuit-il, craint que les dirigeants algériens ne partent en amenant avec eux en exil des fonds publics dilapidés.» Ces sommes, recommande-t-il, «doivent être interceptées et retournées au peuple algérien. Ces dirigeants corrompus ne devraient pas pouvoir trouver un refuge au Canada pour ces fonds illégitimes». Et de conclure : «Espérant que vous pourrez faire tout en votre pouvoir pour alerter les autorités canadiennes compétentes et stopper cette hémorragie.» Fin juin dernier, le Canada s’est exprimé sur la situation en Algérie et la question de la transition démocratique. S’exprimant sur le mouvement populaire, et par la voix de son ambassadrice à Alger, Patricia McCullagh, le gouvernement canadien dit «soutenir la transition démocratique» en Algérie, à l’occasion d’une cérémonie célébrant la fête nationale du Canada.
Elle a salué le mouvement social qui «impressionne le monde entier par son pacifisme». Les autorités suisses ont, elles, décidé, il y a quelques semaines, de geler, à titre de précaution, des avoirs illicites des proches des Bouteflika en Suisse. En effet, suite à une requête de Me Lachemi Belhocine, un avocat algérien basé à Fribourg, introduite auprès du Parlement suisse le
4 avril 2019, demandant l’application de la loi sur les valeurs patrimoniales (LVP), le gouvernement fédéral helvétique a procédé au gel des avoirs. La requête a été prise en compte par le Parlement suisse dès le début des sessions qui ont repris début juin dernier. Lors d’une session ordinaire Ignazio Cassis, ministre des Affaires étrangères, avait été interpellé par le député fédéral Carlo Summaruga sur la plainte introduite par Me Lachemi Belhocine, pour requérir une position ferme du gouvernement suisse par rapport au gel des avoirs, suite au vœu émis par le ministre d’œuvrer dans ce sens. Au printemps dernier, la question des transferts de fonds avait fait l’actualité, sur fond de crise politique, dans le sillage du mouvement populaire. En effet, des informations non confirmées relayées sur les réseaux sociaux faisaient état de grosses sommes en devises transférées de manière illicite à l’étranger. Cela avait fait réagir certaines institutions comme la Banque d’Algérie et la direction générale des impôts. Celles-ci étaient montées au créneau dans une tentative d’apaiser les tensions.