Les opérateurs qui activent dans le montage des produits électroménagers et électroniques continuent de se plaindre de la suspension des importations de kits, sans lesquelles ils risquent de mettre en chômage technique 20 000 travailleurs et fermer leurs usines.

La réaction du ministère de l’Industrie face à cette menace, qui inquiète les producteurs, a été non pas de libérer ces importations pour assurer la continuité de la production, mais de temporiser. Selon le directeur général chargé du développement industriel au ministère de l’Industrie, Mustapha Hammoudi, la situation sera débloquée avec les décisions d’un comité technique qui vient d’être installé et qui doit valider ou non le renouvellement des licences d’importations CKD et qui concernent les gros opérateurs de la filière, comme Eniem, Iris, Brandt et Condor. Pour ce haut responsable, les nouvelles autorisations seront rapidement délivrées. Ce qui ne dédouane nullement ce ministère quand on sait que les demandes de renouvellement remontent à deux et trois mois et que cette situation risque d’attiser les tensions sociales. Ce département savait que les licences de ces opérateurs avaient expiré. On aurait pu attribuer des licences provisoires pour quelques mois le temps que le ministère réorganise le contrôle et la régulation dans la filière. Tout repose en fin de compte dans cette réorganisation sur un nouveau comité technique et sur l’avis de la première responsable du département. Ainsi que sur l’élaboration d’un nouveau cahier des charges avec l’héritage de l’ancien système : mesure administrative de délivrance des licences d’une validité d’un an, absence de transparence dans l’octroi des licences avec des risques de corruption non négligeables. Le cahier des charges pourrait cependant améliorer le système SKD (semi-montage)- CKD (taux d’intégration plus élevé) actuellement en vigueur. Mais il faut savoir que « le système CKD ne peut avoir une durée au-delà de cinq ans selon la norme internationale. C’est le temps nécessaire admis pour que la production SKD (semi-montage) atteigne un taux d’intégration d’au moins 40% », nous apprend un expert spécialisé dans ce dossier.
Pour un autre spécialiste, la stratégie n’est pas claire actuellement. Selon nous, il convient de pousser les fournisseurs étrangers à s’impliquer dans ce système CKD en apportant leur savoir-faire pour améliorer la qualité des produits ou en cédant leurs brevets. Le même expert se dit contre les voix qui s’élèvent actuellement en suggérant la disparition de cette filière qui, comme l’automobile, s’apparente à ce que l’on appelle « l’industrie tournevis ». Tout comme l’automobile, la filière électroménager-électronique est une filière d’avenir. « Car elle va présenter un meilleur avantage comparatif avec des coûts d’énergie et de la tôle fabriquée sur place -dans les complexes de Bellara et d’El Hadjar- beaucoup moins cher que dans les pays voisins ou en Afrique du Nord», ajoute-t-il. La question centrale demeure le contrôle, éludé, nous semble-t-il, par ce haut responsable, reconnaît le même spécialiste. Il faudrait que l’Etat assume parfaitement cette fonction de contrôle, quitte à condamner les opérateurs qui trafiquent sur le taux d’intégration : produits finis présentés comme des produits fabriqués localement par de très fortes amendes qui compensent la valeur des surfacturations ou l’importance de l’évasion fiscale. Il faut savoir que ce trafic CKD a coûté au Trésor public un manque à gagner de plusieurs milliards de dollars au début des années 2000 à la faveur d’un décret exécutif de 2002. Ce texte de loi stipule l’imposition d’une valeur administrée de 150 %, d’un droit de douane de 40% et un taux de TVA de 21% pour toute importation de produit électroménager ou électronique en tant que produit fini, un taux de 21% pour le produit assemblé en SKD et 5% pour le produit monté en CKD.
« L’astuce consistait à cette époque pour des opérateurs véreux de présenter des produits finis comme des éléments d’un réfrigérateur destinés au montage avec la complicité d’agents de contrôle et de ne payer que 5% au lieu de plus de 200% de taxes », confie un autre expert. Soit une énorme évasion fiscale. Un argent qui n’a pas été récupéré et dont une partie a servi à corrompre des agents de contrôle, selon cet expert. Le hic, aujourd’hui, c’est que ces pratiques n’ont pas disparu. Et le comble c’est que la Douane, qui est un maillon essentiel dans la lutte contre ce trafic, ne semble pas être associée dans le projet d’assainissement de la filière que semble vouloir lancer le ministère de l’Industrie. Tout cela relève en principe d’un chef d’orchestre qui doit suivre ce dossier et qui doit obliger ces deux institutions à collaborer.