Reporters : Quelle lecture faites-vous des atteintes aux libertés enregistrées ces dernières semaines et les procès en série en cours ?

Seddik Mouhous : Elles sont simplement une atteinte à la Constitution qui garantit à l’algérien le droit d’exprimer ses opinions, sa  culture et idéologie sans que cela ne l’expose à des problèmes avec la justice. Or, le débat sur la scène politique est notamment marqué par l’embastillement des porteurs de drapeaux berbères et la mise sous mandat de  dépôt de l’ancien chef historique de l’ALN, Lakhdar Bouregâa pour une opinion qu’il avait donné. Dans les deux cas, les prévenus sont poursuivis pour de lourdes charges alors que la loi suprême et les lois en vigueur n’interdisent pas l’exhibition de l’étendard berbère.

Les  lois en vigueur ne sont  donc pas respectées…

C’est une violation scandaleuse.  Pour les manifestants porteurs de l’étendard berbère, ils n’ont été arrêté qu’au lendemain d’un  discours prononcé par le chef de l’Etat major qui a recommandé aux forces de l’ordre l’application ferme et précise des lois en vigueur, et ce en se référent à l’article 06 de la Constitution, qui énonce la couleur de l’emblème nationale, sachant que la même clause n’interdit pas l’exhibition d’une bannière culturelle ou identitaire.

Sachez que le collectif d’avocats qui s’est constitué pour la défense des manifestants porteurs de drapeau berbère, a assisté aux présentations des prévenus devant le procureur de la République puis devant le juge d’instructions. On a découvert que certains ont été arrêtés alors qu’ils étaient dans des locomotives de transport, chez qui, les forces de sécurité ont trouvé l’étendard berbère lors de la fouille des sacs. D’autres ont été interpellés alors qu’ils étaient sur la plage. Donc,  ces groupes qui ne se connaissent pas, n’ont pas été tous appréhendés alors qu’ils faisaient la marche, mais arbitrairement accusés d’atteinte à l’unité nationale.

Peut-on parler d’une remise en cause du droit de manifester dans l’espace public ?

C’est exactement le cas. Quand on interdit aux gens d’exprimer leur attachement à leurs identités, à leur culture, ou d’exprimer leurs opinions, cela ne peut qu’être une remise en cause. Les manifestants n’étaient pas en possession d’un drapeau séparatiste, ou d’un fanion qui réclame l’autonomie d’une région, ou d’une organisation qui réclame la partition du pays. Ce drapeau pour lequel sont arrêtés est fédérateur de l’Afrique du nord, qui n’a rien d’attentatoire à l’unité nationale.

La  demande de liberté provisoire pour le  moudjahid Lakhdar Bouregaâ sera examinée aujourd’hui par la chambre d’accusation de la Cour de Ruisseau. Il sera également examiné la demande de libération d’un groupe de manifestants arrêtés le 21 juin pour port de drapeau berbère. Comment   voyez-vous l’évolution de ces procès ?

Je répète encore, aucun crime n’a été commis par l’ancien maquisard, ou par les jeunes manifestants. Ces procès sont hautement politiques. Bouregaa,  à titre d’exemple,  a l’habitude, depuis des années, de faire les mêmes déclarations, et de tenir les même propos. Pourquoi il n’a pas été arrêté auparavant,  mais dans ce contexte que je qualifie de révolution ! Je me demande également pourquoi les porteurs de drapeaux berbères n’ont pas été arrêtés avant la marche de 21 juin. Un drapeau qui a été massivement présent depuis la marche du 22 février. Il a été brandi lors de la célébration du printemps noir et printemps berbère dans toutes les wilayas, en avril et juin derniers, sans qu’il y ait des arrestations ou interpellations. Il a été brandi en 2001, pendant les événements du printemps noir…etc pourquoi attendre des instructions de Gaid Salah pour incriminer le port de drapeau berbère !

 Les robes noires semblent déterminées dans son combat pour la libération des détenus d’opinions. A quoi d’autre aspirent les avocats ?

Outre la liberté provisoire, on plaide pour un non-lieu pour tous les détenus d’opinions ; une décision prise par un juge d’instruction à l’issue de l’enquête judiciaire, consistant à clore l’enquête sans poursuites judiciaires.

On réclame globalement, un Etat de droit, où la constitution est souveraine. Actuellement, les lois sont piétinées et foulées du pied, alors qu’en principe, les lois de la République sont au dessus de tout, y compris des instructions de l’Etat major. Ces dépassements sont une contre révolution via laquelle, on songe à diviser et atomiser un peuple jusque là uni.

Le parquet de Sidi Mhamed a saisi la police pour l’ouverture d’une enquête sur les violences commises par les flics sur des manifestants lors de la marche du 05 juillet.

C’est de la poudre aux yeux. Un policier en exercice a une déontologie, un code d’éthique  et des procédures pour gérer les foules lors des manifestations. Ils cherchent à mettre de l’ordre en tabassant des pacifistes, ce qui est inacceptable.

Outre les violences, certaines arrestations ont été commise en violation du  principe de la cohérence ; ce qui était le cas pour l’élue APW de Tizi ouzou, Samira Messoussi, arrêtée par un policier, alors qu’elle aurait dû être interpellée par une policière. Donc, il ne s’agit pas pour son cas d’une arrestation uniquement arbitraire, mais une arrestation en violation du principe de cohérence, ce que l’on peut qualifier d’harcèlement.