Les ministères des Finances et du Commerce, chargés d’élaborer les mécanismes juridiques permettant aux citoyens d’importer des véhicules d’occasion de moins de trois ans, en sont à leur troisième réunion de travail, a révélé le directeur au commerce extérieur Khaled Bouchlaghem en marge de la cérémonie de remise de diplômes aux étudiants de l’Ecole supérieure algérienne des affaires qui s’est déroulée lundi dernier à Alger.
Le représentant du ministre du Commerce, en déplacement au Niger, qui répondait à la question d’un confrère sur la possible levée d’interdiction d’importer des véhicules de moins de trois ans, a indiqué qu’une fois les mécanismes juridiques cernés, le feu vert sera donné pour l’inscrire dans le projet de loi de finances 2020. Encore faut-il savoir si le gouvernement, en place pour gérer les affaires courantes, est en mesure de défendre un tel dossier aussi complexe et qui suscite de vives réactions. Un projet qui n’en est pas, par ailleurs, à sa première levée de boucliers. En effet, il y a lieu de rappeler que l’ex-ministre du Commerce Bakhti Belaïd avait proposé de lever l’interdiction d’importation de véhicules dans l’objectif de pousser les prix des véhicules neufs, montés localement, vers le bas. Une proposition fermement rejetée par le ministre de l’Industrie de l’époque Abdeslam Bouchouareb, car entièrement acquis à la cause des lobbies des concessionnaires automobiles. Des lobbies qui ont perdu de leur puissance depuis la mise en détention provisoire de patrons d’usines de montage. Depuis, Saïd Djellab, actuel ministre du Commerce, est intervenu sur le sujet, allant même jusqu’ à défendre le retour aux importations de véhicules d’occasion de moins de trois ans. Arguant par là, devant les médias, que « c’est un moyen de faire pression sur les prix des véhicules fabriqués localement ».
Et de juger que « les importations engendreraient une baisse des prix et ainsi permettront de donner une chance au citoyen d’acquérir un véhicule selon ses moyens». Ceci dit, cette décision du gouvernement de la levée de l’interdiction d’importation de véhicules et surtout l’argumentaire du ministre du Commerce ont suscité de nombreuses questions. En effet, le citoyen lambda se demande si réellement le véhicule de moins de trois ans importé va réellement coûter moins cher que les véhicules neufs vendus en Algérie ? Pas aussi sûr que cela, disent des experts, pour qui une voiture achetée en euros, dont le prix est calculé selon le taux du marché parallèle du change, en lui ajoutant les taxes douanières, reviendra au même prix sinon plus cher que les véhicules montés en Algérie. Selon des économistes qui se sont exprimés sur la question, pour que les prix baissent, il faudrait revoir l’âge du véhicule jusqu’à moins de 5 ans ou plus. Mais là, le risque est autre. Pour les experts de l’industrie de l’automobile, le pays deviendra à la longue la poubelle de l’Europe qui est en train de passer à l’énergie propre qui est l’électricité. Devant une telle hypothèse, une question s’impose : l’option de la levée d’interdiction d’importation de véhicules ne mérite-t-elle d’être mûrement réfléchie ? On le saura peut-être dans quelques semaines. Notons enfin que le responsable auprès du ministère du Commerce a été également interpelé sur la question de la liste des produits soumis au droit additionnel provisoire de sauvegarde (DAPS) pour savoir si celle-ci n’allait pas connaître des changements d’ici la fin de l’année. Il annoncera dans ce cadre que « des produits vont être retirés tandis que d’autres non concernés jusqu’ici vont être introduits. » Ce responsable a par ailleurs tenu à faire savoir que des opérateurs ont demandé à ce que les produits locaux soient plus protégés, c’est-à-dire d’élever le DAPS de leur équivalent importé.
Le responsable a indiqué que « toute doléance pour être recevable et connaître une suite favorable doit provenir d’une filière de production et non pas à titre individuel ».