Le président de l’Association nationale de lutte contre la corruption, Mustapha Atoui, estime, dans cet entretien, que le Forum du dialogue national, organisé samedi à Alger, n’a pas été préparé de manière transparente. Pour lui, la solution ne peut venir en l’absence de partis comme le FFS et le RCD.

Reporters : Des partis politiques, des personnalités et des associations se sont réunis, samedi à Alger, pour tenter de trouver une issue à la crise politique actuelle, qu’en dites-vous en tant qu’acteur de la société civile ?
Mustapha Atoui : D’abord, je dirais que notre association n’a pas été invitée à prendre part à cette conférence. Je ne sais pas s’il s’agit d’une omission ou d’une exclusion délibérée. Maintenant, pour votre question, je dirais que toute initiative politique ou rencontre-débat est la bienvenue. Nous sommes des partisans du dialogue et de la concertation. C’est une initiative qui marque un pas en avant, mais qui a besoin en même temps de rectification. Elle marque un point en avant parce que nous devons, nous les Algériens, ouvrir le débat entre nous sur les questions politiques et sociales. Nous devons déverrouiller le champ politique et médiatique et instaurer des pratiques démocratiques dans le pays. Elle a besoin de rectification parce que ce genre d’initiative a besoin de plus de concertation et doit réunir un maximum de personnel politique.

Les organisateurs de la conférence parlent déjà de réussite…
Il faut s’éloigner de l’autosatisfaction. La rencontre a été mal organisée. Cela est visible dans les interventions. Beaucoup d’intervenants ont préféré parler de leur formation politique et leur position que de solutions de sortie de crise. Les intervenants auraient dû se contenter de proposer des solutions au lieu de verser dans la publicité. Aussi, les participants à cette conférence auraient dû faire de la libération des détenus politiques un préalable et une condition pour accepter l’offre du dialogue. On ne peut pas parler de dialogue au moment où des Algériens sont en prison en raison de leurs opinions. C’est inacceptable sur tous les plans.

Etes-vous d’accord avec les résolutions de la conférence ?
A mon avis, les initiateurs de ce Forum doivent clarifier davantage ce qu’ils attendent du pouvoir réel, j’entends par le pouvoir réel, l’institution militaire. Il faut qu’ils précisent avec qui ils souhaitent dialoguer. Ils doivent également nous expliquer pourquoi il y avait autant d’absents dans la salle et sur quels critères a été établie la liste des invités. Ce sont des questions importantes auxquelles ils doivent répondre en urgence.

Selon vous, cette initiative peut-elle déboucher sur une sortie de crise ?
Nous sommes convaincus que la solution ne peut venir que du dialogue. Même les guerres se terminent avec des négociations. Toutefois, un certain nombre de conditions doivent être réunies pour permettre la réussite de ce dialogue. Je crois qu’il faut refaire la conférence de samedi pour corriger les erreurs commises et faire les choses dans la transparence.

Que voulez-vous dire par erreurs commises et faire les choses dans la transparence ?
L’erreur fatale est d’organiser une conférence de l’opposition en l’absence des autres partis de l’opposition, à l’image du FFS et du RCD notamment. On ne peut pas imaginer une rencontre de l’opposition sans tout le monde, en particulier ces deux partis. Il aurait fallu convaincre toute l’opposition de participer avant de fixer la date de la conférence. En ce qui concerne la transparence, je dis, en toute sincérité, que la conférence n’a pas été préparée de manière transparente. Tout porte à croire que’Abdelaziz Rahabi a tout négocié avec le pouvoir réel avant la tenue de cette rencontre. Il faut refaire cette conférence tout en confiant sa coordination à une personnalité plus crédible que’Abdelaziz Rahabi.
En tout état de cause, le Hirak doit se poursuivre car son étouffement poussera le pouvoir réel de persister dans ses pratiques anti-démocratiques.