«Pity» du grec Babis Makridis aborde la question du bonheur sous un angle totalement différent. Etonnant.
La crise financière et économique en Grèce en 2008, dont les effets sont ressentis à ce jour, a laissé des traces profondes dans la société. Idem pour «les réformes» imposées par le FMI et l’Union européenne à ce pays. Les Grecs, qui croyaient au «rêve européen», ne savaient plus où donner de la tête. Babis Makridis a capté cette panique pour élaborer un film sur l’ancienne idée philosophique du bonheur.


Aidé par le célèbre scénariste grec Efthymis Filippou, qui est membre de l’Académie des Oscars, il a élaboré une drôle d’histoire. Celle d’un avocat cynique (Giannis Drakopoulos) qui souffre à cause de la maladie de son épouse, tombée dans le coma. Il semble désespéré mais prend plaisir à la compassion qu’il suscite auprès de son entourage professionnel et de ses voisins. Chaque matin, il attend devant la porte que sa voisine lui apporte un gâteau à l’orange qu’il consomme au petit déjeuner avec son fils et son chien. Il jubile quand il reçoit cette «offrande» matinale. Autant que son fils aussi silencieux que lui.

Existence sans éclats
Quand l’épouse (Evi Saoulidou) sort du coma et qui sa santé s’améliore, l’avocat n’est pas content. Il aurait tant aimé que l’apitoiement des autres se poursuive. Il suggère alors à sa son épouse d’aller consulter le médecin pour autre maladie car son obsession de susciter la pitié n’est plus contrôlable. Elle est pathologique. L’avocat, qui ne dégage presque aucun sentiment, s’est habitué à la tristesse et à l’abattement. Paradoxalement, cela lui procure un peu de bonheur. Les grands plans sur la mer couleur grise et bleu terne évoquent le souci du cinéaste d’appuyer le côté humour noir de l’histoire avec un homme qui aurait pu être heureux et vivre comme les autres. Mais, il le refuse, seule la tristesse le rend heureux, donne sens à une existence sans éclats ! Babis Makridis, qui convoque l’absurde d’une manière vive, critique une certaine classe bourgeoise qui, dans une Grèce en crise, a montré l’ampleur de son égoïsme et son refus de solidarité avec les moins nantis. Le jury du festival Manarat, clôturé dimanche soir, a décidé de donner le prix de la meilleure interprétation masculine à Giannis Drakopoulos «pour sa performance magistrale». «Pour un rôle difficile à incarner, cet acteur a réussi à nous faire basculer entre le monde de l’absurde et la comédie noire dans un film qui raconte l’histoire d’un homme à la recherche de la plus grande pitié qui soit», a estimé le jury. «Pity» a été sélectionné aux Festivals de Sundance et de Rotterdam. Babis Makridis s’est fait connaître en 2011 avec son premier long métrage «L», sélectionné également par ces deux festivals où un cinéma de qualité est souvent programmé. Coécrit aussi avec Efthymis Filippou, le film raconte l’histoire d’un homme qui vit dans une voiture. On comprend bien le souci de Babis Makridi de dénoncer les travers du monde contemporain à travers des personnages qui sort du commun et dont le destin n’est jamais écrit à l’avance.