C’est aujourd’hui que prend fin, selon la Constitution, le mandat intérimaire du chef de l’Etat. Pourtant, Abdelkader Bensalah restera en poste, à la faveur de la «fetwa» constitutionnelle émise le 2 juin dernier par le Conseil constitutionnel, après avoir constaté l’impossibilité d’organiser l’élection présidentielle prévue pour le 4 juillet. A partir d’aujourd’hui donc, le pouvoir n’a qu’un seul souci : comment arriver à organiser une élection présidentielle. Deux dates ont déjà été annulées, l’une pour le 18 avril sous le règne de l’ancien président déchu, Abdelaziz Bouteflika, et l’autre, le 4 juillet convoquée par Bensalah. La mission ne semble pas aisée au regard de la situation d’impasse qui prévaut sur la scène politique et où les différents acteurs n’arrivent toujours pas à trouver un chemin vers le consensus. Devant la pression du Hirak et la mobilisation des Algériennes et des Algériens, les acteurs politiques, notamment de l’opposition, refusent de faire la moindre concession au pouvoir sur au moins deux points : le départ inconditionnel des symboles de l’ancien régime ayant dirigé le pays et des préalables à l’ouverture d’un dialogue, notamment la libération des détenus d’opinion et des militants incarcérés juste pour avoir levé l’emblème amazigh.
C’est dire que tant que le chef de l’Etat par intérim, Abdelkader Bensalah, et son Premier ministre, Noureddine Bedoui, sont en poste, il est difficile d’envisager une quelconque décantation. Le dernier Forum national de dialogue organisé par « les forces du changement» était clair sur cette question, estimant que parmi les mesures et les mécanismes essentiels pour lancer et réussir tout processus de dialogue, «le départ des symboles de l’ancien régime politique décriés par le Hirak ».
Malgré cela, le pouvoir ne veut rien lâcher. Dans son dernier discours à la nation, à l’occasion de la fête nationale de l’indépendance et de la jeunesse, Abdelkader Bensalah a relancé son appel au dialogue à l’adresse des acteurs politiques nationaux, de l’ensemble des composantes de la classe politique, des personnalités patriotiques nationales, des mouvances qui structurent la société civile et tous ceux qui sont considérés comme exprimant les sentiments d’une frange de la population, ou de ses élites, notamment les jeunes et les femmes. Pour convaincre, le chef de l’Etat intérimaire a assuré que ce processus sera «mené en toute liberté et en toute transparence par des personnalités nationales crédibles, indépendantes, sans affiliation partisane et sans ambition électorale».
Plus que ça, il s’est engagé, à cet égard, à ce que l’État dans toutes ses composantes, y compris l’institution militaire, ne soit «pas partie prenante » à ce dialogue et observera la plus stricte neutralité tout au long du déroulement de ce processus.
Loin d’avoir eu l’écho et atteint les objectifs escomptés de cette nouvelle sortie, Bensalah n’a pas tardé à connaître la réponse à sa nouvelle offre. Le tsunami populaire du vendredi 5 juillet à travers toutes les wilayas du pays était d’une clarté sans appel. « Makanch intikhbat yal issabat », qui veut clairement dire qu’« il n’y aura pas d’élection avec la bande en poste ». Une fin de non-recevoir pour la nouvelle et ancienne feuille de route du pouvoir qui ne voit aucune autre issue à la crise en dehors de la voie constitutionnelle qui consiste en l’organisation d’une présidentielle dans les plus brefs délais.
Face à cette approche, de multiples initiatives plaident en faveur d’une période de transition, comme celles de la société civile et des forces de l’alternative démocratique. En attendant qu’il y est rapprochement des visions, ou bien une concession d’une part ou de l’autre, l’Algérie entre dès aujourd’hui dans une période pour le moins floue. Ce n’est, en effet, pas la «fetwa» du Conseil constitutionnel qui va donner plus de crédibilité au chef de l’Etat dont l’intronisation à la tête du pays a été décriée, bien que prévue par la Loi fondamentale. La Révolution dite du «sourire» entame son cinquième mois de mobilisation et il n’y a à l’horizon rien qui indique que le bout du tunnel est proche.