Le jury du festival de Manarat a choisi de donner son grand prix à l’espagnol «Petra», «un film à la beauté sauvage».

«Petra» de l’Espagnol Jaime Rosales a décroché, dimanche soir, le Manar d’or du meilleur film au 2e Festival de cinéma méditerranéen de Tunisie Manarat, lors de la cérémonie de clôture au Musée national de Carthage. «Une tragédie grecque sous un ciel espagnol. Une maîtrise de la mise en scène, une narration surprenante, une histoire qui laisse une place intrigante au spectateur. Un film à la beauté sauvage», a estimé le jury. Présenté à la Quinzaine des réalisateurs au dernier festival de Cannes, en mai 2019, «Petra» narre l’histoire de Petra (Barbara Lennie) qui, après le décès de sa mère, va être en résidence artistique auprès de Jaume Navaro (Joan Botey), un plasticien célèbre mais cruel. Elle prend attache avec son épouse Marisa (Marisa Paredes) et son fils Lucas (Alex Brendemühl).

«Tu ne trouveras que souffrances et peines auprès de Jaume», prévient Lucas. Ce que Petra ne manquera pas de découvrir au fur et à mesure, elle qui est venue chercher quelque chose lié à sa famille. Jaime Rosales est surtout connu par au moins deux longs métrages «La solitude» (2007) et «La belle jeunesse» (2014). Le prix du jury Manarat est revenu au documentaire «Al marjouha» (la balançoire) du Libanais Cyril Aris sur un vieux couple qui vit à Beyrouth (voir article ci-dessous). «C’est un film qui montre les derniers jour d’un couple, une histoire de mort et d’amour, de vieillesse et de mémoire. Il provoque une émotion forte, déstabilise par son ambigüité. Il nous interpelle sur des questions divergentes : faut-il tout filmer? Peut-on tout filmer? Où s’arrête la liberté et où commence l’indécent? Où commence le déni au nom du respect? C’est en quoi ce film nous a interpellé», a précisé le jury pour expliquer son choix. Le prix de la meilleure interprétation masculine a été attribué au comédien grec Giannis Drakopoulos pour son rôle de l’avocat dans le long métrage «Pity» de Babis Makridis (voir également article). Pour rappel, le jury de Manarat 2019 était présidé par la comédienne égyptienne Salwa Aly. Les autres membres du jury étaient l’écrivain algérien Kamel Daoud, l’actrice turque Damla Sonmez, la comédienne tunisienne Souhir Ben Amara et le scénariste français Michel Leclerc. Dora Bouchoucha, directrice de Manarat, a rendu hommage lors de la cérémonie de clôture, au directeur photos tunisien Youssef Ben Youssef, disparu en 2018. Youssef Ben Youssef a travaillé aux côtés de grands cinéastes tunisiens comme Nouri Bouzid («L’homme de cendres»), Moufida Tlatli («les silences du palais») et Saah Essid («Pluie d’automne»). Son épouse, Lilia Benyoussef, a reçu le Manar d’honneur. «Ce prix rend hommage à la sensibilité de l’artiste, à son orginalité et son grain de folie qui manque à la famille du cinéma», a estimé Dora Bouchoucha. Elle est revenue sur la 2e édition de Manarat avec notamment des projections quotidiennes gratuites sur les plages. «Nous avons réussi le pari de présenter des films qui font rêver, rire, pleurer mais également réfléchir. Nous avons passé une semaine riche en échange et en discussion sur le cinéma, la télévision et la culture», a-t-elle déclaré. Selon Chiraz Latiri Chérif, directrcie du Centre national du cinéma et de l’image (CNCI), partenaire du festival, plus de 32.000 spectateurs ont assisté aux projections de films sur les plages et dans les salles. Elle a évoqué le lancement durant le festival de l’Arab film platform (AFP) qui va soutenir la production cinématographique dans la région arabe (voir nos précédentes éditions).