Les propositions adoptées samedi dernier par les participants aux Forum national pour le dialogue ont tranché avec la feuille de route proposée 48 heures avant par le chef de l’Etat par intérim, Abdelkader Bensalah.

Les «forces du changement» et autres acteurs ayant pris part à ce grand rendez-vous largement médiatisé ont rejeté l’offre de dialogue telle qu’imaginée par le pouvoir et demandé que soient exclues de la préparation de la présidentielle toutes les forces politiques et des personnalités ayant soutenu le 5e mandat ou la prolongation du 4e mandat de l’ex-président déchu Abdelaziz Bouteflika. La scène politique, malgré quelques signes d’un début de rapprochement entre l’ensemble des initiatives posées qui dans leur majorité plaident pour un gouvernement de compétences nationales et une commission indépendante de gestion des élections, ne va pas connaître de sitôt la décantation. Et pour cause, un autre courant à ne pas négliger du jeu politique place des préalables pour le dialogue. Les «Forces de l’alternative démocratique», puisque c’est d’eux qu’il s’agit et qu’on appelle aussi les «alternatifs» en jargon médiatique, ont adopté le 26 juin dernier un pacte politique à travers lequel ils ont expliqué que l’organisation d’une élection présidentielle dans le cadre du système actuel «ne servira qu’à sa régénération». «Aucune négociation et aucune transition démocratique ne sont possibles sans la libération immédiate de tous les détenus politiques et d’opinion, la libération du champ politique et médiatique, l’arrêt immédiat des harcèlements judiciaires et des menaces contre les citoyens, les militants et l’arrêt immédiat du bradage des richesses nationales et la récupération des biens spoliés», avaient écrit le FFS, le RCD, le PT, le PST, le MSDS, le PLD, l’UCP et la LADDH dans leur document.
Ces derniers avaient même insisté sur l’obligation de passer par l’organisation d’une période de transition qui «réunit les moyens politiques pour l’expression d’une véritable souveraineté du peuple et l’édification d’un Etat de droit démocratique». Tout le contraire des Forces du changement que le président du RCD, Mohcine Belabbas a qualifié dans son allocution samedi au conseil national de son parti, d’«opportunistes». Les partis de la mouvance conservatrice et islamiste n’ont à aucun moment fait référence à une quelconque période de transition pourtant réclamée et demandée par un large pan de la population. Chose pourtant répercutée à travers les slogans des marches de vendredi. Plus que ça, dans leurs recommandations, les participants au Forum national pour le dialogue sont restés vagues par rapport à la question des détenus d’opinion, se contentant seulement de poser la condition de «la levée des contraintes imposées aux manifestations» et la nécessité de «prendre des mesures d’apaisement» avant tout dialogue.
Par contre, les Benflis, Djaballah, Makri, Rahabi et compagnie rejoignent le pouvoir et sa feuille de route sur un seul point : la nécessité d’aller vers une élection présidentielle dans les plus brefs délais. Evidemment, cela peut être interprété comme un signe de rapprochement. Mais en insistant sur la nomination d’un gouvernement composé de «compétences nationales» qui sera chargé de préparer une élection présidentielle «libre et transparente à même de permettre au peuple algérien d’exprimer son point de vue en toute liberté dans des délais acceptables», les animateurs du Forum placent d’ores et déjà le cap. Ceci doit être accompagné, ont-ils soutenu, par la mise en place d’une commission nationale technique chargée d’élaborer le cadre législatif pour l’instance nationale indépendante d’organisation et de supervision des élections. Cependant, au moment où le chef de l’Etat propose un dialogue inclusif qui sera mené par «un panel de personnalités crédibles et non partisanes», le Forum place comme préalable le départ de tous les symboles du système et leur remplacement par des «personnalités consensuelles » pour envisager le dialogue sous la conduite d’une «commission consensuelle et indépendante».
Bien qu’il y ait convergence sur la nécessité d’aller vers le dialogue, à la lumière des propositions contenues dans les trois plus importantes feuilles de route du pouvoir et de l’opposition représentée par ses deux camps, il s’avère que le chemin vers un véritable consensus soit encore long. Le Hirak, devant cette situation, promet de maintenir la mobilisation au plus haut pour exercer la pression sur le pouvoir et la classe politique, appelés à faire les concessions qu’il faut pour avancer. Maintenant que le débat autour des solutions est lancé suivant les revendications exprimées dans la rue par le peuple, il est plus qu’urgent malgré les divergences de commencer par le minimum : le dialogue.