Un dialogue souverain est la seule voie qui permette de dépasser la crise que traverse le pays et qui n’a que trop duré. Telle est l’avis de tous les Algériens, quelle que soit leur appartenance partisane. Reste que la façon dont doit être mené ce dialogue ne fait pas le consensus. Une partie des partis de l’opposition, auxquels se sont joints des syndicats et des organisations du mouvement associatif qui se sont regroupés au sein des «Forces du changement», ont tenté de résumer leur vision de ce dialogue, dont la finalité est l’organisation d’une élection présidentielle crédible et transparente dans un délai qu’ils estiment «raisonnable» et qui devra être d’environ six mois. La vision des «Forces du changement» a été présentée, avant-hier, lors d’une journée tenue sous l’appellation de forum national de dialogue et dont les participants étaient unanimes, à la fin des travaux, quant à un certain nombre de préalables à satisfaire pour aller au dialogue. A commencer, selon eux, par le départ du gouvernement Bedoui et de tous les symboles du système décrié ayant mené le pays à la faillite. La libération des détenus d’opinion et des jeunes porteurs de l’emblème amazigh, ainsi que l’arrêt du harcèlement des manifestants du Hirak et le respect de la liberté d’expression, entre autres celle des médias, qu’ils soient publics ou privés, figurent également parmi les autres préalables qui sont d’un autre ordre, mais d’une importance tout aussi capitale. Il s’agit, outre les mesures d’apaisement à même de rétablir la confiance et de faire régner un climat propice au dialogue, de définir la façon dont doit être mené ce dialogue et avec qui sera-t-il mené. La bonne préparation de ce dialogue et l’importance pour les participants d’y aller bien outillés réside dans le fait que c’est à partir de ce dialogue et de ce qui en sortira comme résolutions que sera mise en place la fameuse instance qui aura à s’occuper de l’organisation de la prochaine élection présidentielle, du début (révision des listes électorales) jusqu’à la fin (proclamation des résultats). C’est dire que l’étape du dialogue est cruciale. «C’est un virage qui doit être négocié et mené avec la précision d’une horloge suisse, nous dit-on, car l’avenir de tout le pays en dépend. Dans le cas contraire, la révolution pacifique et les – au moins – cinq mois de Hirak populaire qui ont redonné espoir aux Algériens auront été vains, et ce sera le retour à la case de départ…» Les «Forces du changement» proposent, dans leur plate-forme relative au dialogue, d’abord la mise en place d’une commission qui sera chargée de mener les discussions pour arriver à un consensus sur le dialogue. Dans ce sens, des «personnalités consensuelles» dont a parlé le chef de l’Etat intérimaire et qui n’ont pas encore été choisies présideront cette commission. On rappelle, à ce propos, que Bensalah a déclaré, dans son dernier discours à la nation, à propos de son offre de dialogue, qu’«une équipe de personnalités indépendantes dotées d’une autorité morale sera chargée de diriger un dialogue national, dotée de pleins pouvoirs, à l’écart des institutions étatiques et de l’armée, afin de mettre en place les conditions nécessaires à la tenue d’élections présidentielles dans les meilleurs délais». La plate-forme des «dialoguistes» propose, dans ce sens, que la commission qui doit être mise en place pour le dialogue se charge également de «la préparation d’une conférence nationale». La durée de la préparation de cette conférence, selon le document de la plate-forme, devra être d’environ un mois. Entre-temps, il échoit à cette commission la mission de faire «la promotion de la nécessité du dialogue et de la conférence nationale pour faire adhérer le maximum de partis, de syndicats et d’association, bref, le maximum des forces vives du pays». Sur ce chapitre, il faut savoir que pour la finalisation de la plate-forme du
6 juillet, les Forces du changement avaient reçu une trentaine de propositions, et en essayant de brasser plus en termes de participants à la conférence nationale, il est clair que les propositions seront encore plus nombreuses. C’est donc lors de la conférence nationale de dialogue que seront définis les modalités et mécanismes de mise en place et de fonctionnement de l’instance d’organisation des élections. Les membres de cette dernière, selon les assurances du chef de l’Etat intérimaire, ne seront pas issus parmi les personnalités pouvant être rejetées par le peuple, la classe politique ou la société civile. Les «Forces du changement» préconisent que cette instance soit une autorité émanant de l’opposition, des syndicats et de la société civile, comme elle doit jouir d’une totale autonomie, que ce soit sur le plan administratif ou sur le plan financier. Elle devra également jouir d’une totale souveraineté dans tout le processus d’organisation de l’élection présidentielle, en termes de supervision et de contrôle jusqu’à la proclamation des résultats. Quant à la date du scrutin, c’est probablement après la conférence nationale de dialogue et le consensus sur l’instance de préparation des élections qu’elle pourra être définie.<