Si le coordonnateur des «Forces du changement», Abdelaziz Rahabi, a plaidé «l’élargissement» de l’initiative du «Forum national de dialogue» au lendemain du Forum qui a réuni, samedi à Alger, douze formations politiques et autres organisations syndicales, l’adhésion n’a pas été au rendez-vous au sein de la classe politique.

La manière avec laquelle a été traitée l’initiative fait plutôt ressortir une fracture au sein des courants de l’opposition. A l’évidence et vu à partir des formations du courant démocratique, l’initiative des «Forces du changement» n’est pas en phase avec l’impératif du changement exprimé à travers le mouvement populaire.
«Il y a une précipitation vers l’élection présidentielle de la part des partisans des «Forces du changement», alors que cette échéance ne garantit pas la satisfaction des revendications des populations qui investissent la rue chaque vendredi pour réclamer le changement», a indiqué Brahim Meziani, de la direction du Front des forces socialistes (FFS). Ce dernier ajoute, s’agissant du dialogue, que son parti «a été toujours favorable au principe de dialogue sauf qu’on ne peut pas, à l’heure actuelle, parler de dialogue sans des mesures d’apaisement», en allusion aux détenus d’opinion et les poursuites judiciaires contre les manifestants.
Le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) n’a pas manqué de virulence pour fustiger les promoteurs du «Forum national de dialogue».
Son président, Mohcine Belabbas, n’a pas attendu que la plate-forme des «Forces du changement» soit dévoilée pour marquer davantage ses divergences avec Makri, Djaballah, Benflis et les autres.
«Ceux qui, aujourd’hui, réduisent le contenu de ce sursaut révolutionnaire au départ et au jugement de quelques figures du système politique qui a confisqué la victoire de la nation contre le colonialisme, le font par calcul», a-t-il souligné à l’ouverture d’une session du conseil national du RCD.
Dans sa charge, le chef du RCD qualifie le Forum dirigé avant-hier par M. Rahabi d’une réunion de «l’allégeance». Pour lui, le Forum «des acteurs du système éjectés par le président déchu, des organisations de la société civile clientélisées par le régime» et de «quelques partis islamistes terrorisés par une option à la Sissi, procèdent de cette démarche d’imposer une élection présidentielle parrainée dans les faits par les militaires, de bout en bout». Du côté du mouvement Mouwatana, c’est la question de la représentativité qui est posée. Le mouvement «considère que le Forum du dialogue national n’est pas représentatif des forces vives de la révolution et qu’il n’est qu’un autre subterfuge du pouvoir en place». Lyes Merabet, du Syndicat national des praticiens de la santé publique (SNPSP), pose, lui aussi, la même question de la représentativité. «Le Hirak n’a désigné aucun représentant. Ni pour participer au dialogue ni pour s’y opposer !», a-t-il soutenu, attestant de la réticence des animateurs de la société civile à adhérer à l’initiative.

«Défections en série»
Cette ligne de fracture qui accompagne manifestement cette initiative était déjà visible avant même son déroulement au vu des défections qu’elle avait enregistrées parmi le personnel politique notamment celui annoncé comme partie prenante de la rencontre. Les promoteurs de l’initiative ont ainsi dû compter sans la présence des personnalités nationales que certaines formations politiques membres des «Forces du changement» avaient pompeusement annoncées.
Il s’agit notamment de l’ancien président de la République, Liamine Zeroual, de l’ex-chef du gouvernement Mouloud Hamrouche et de l’ancien ministre des Affaires étrangères, Ahmed Taleb Ibrahimi.
Ce dernier, invité à cette réunion, a dû s’excuser «pour des raisons de santé en souhaitant que la réunion soit couronnée de succès», a justifié M. Rahabi. Ces défections en série n’ont fait qu’accréditer la thèse que «l’ossature» de l’initiative n’a pu convaincre que les parties intéressées par la tenue de l’élection présidentielle à laquelle tient le chef de l’Etat.
Par ailleurs, l’absence à cette rencontre de certaines figures de la scène politique n’a pas été sans donner des arguments à ceux qui n’accordaient pas de crédit à l’initiative des «Forces du changement».
Il s’agit particulièrement des animateurs politiques qui ont été adoptés par le mouvement populaire, à l’image de Mostefa Bouchachi et de Karim Tabbou, deux militants invétérés pour le changement, qui ont brillé par leur absence au forum des «Forces du changement».
Toutes ces défections n’affaiblissent pas seulement une initiative qui se cherchait un consensus parmi l’opposition, mais elles consacrent un clivage qui semble de plus en plus visible à mesure que l’élection présidentielle devienne une échéance du court terme. Plus que les facteurs idéologiques qui peuvent peser sur ce clivage, la tenue d’une élection présidentielle dans un contexte politique national exceptionnel tend à redistribuer les cartes dans un échiquier politique bousculé par l’insurrection citoyenne en cours depuis le 22 février.<