L’ancien ministre et ex-diplomate Abdelaziz Rahabi occupe le devant de la scène depuis qu’il s’est engagé pour la coordination de l’action des «forces du changement» pour un dialogue avec le pouvoir. Davantage qu’en posture politique, c’est en négociateur et en médiateur qu’il s’impose à l’opinion nationale. Samedi dernier, sa responsabilité de «coordinateur» et de président des travaux du «forum du dialogue national» qu’il a assumé avec intelligence l’a, en effet, fait presque passer pour un facilitateur et non comme un acteur directement engagé dans un processus aux conséquences déterminantes pour l’avenir immédiat du pays. A l’origine de cette perception, sa propre histoire. Une longue carrière de diplomate, un profil qu’on peut résumer par le choix très prudent des mots qu’il utilise et un je ne sais quoi de «smart» qui le fait parler calmement des choses qui fâchent. Et aussi une tendance au compromis qu’il a dû apprendre quand il tenait son bâton de maréchal, tantôt au Mexique tantôt en Espagne, deux ambassades d’Algérie qu’il a dirigées dans le monde. Diplomate de crise en son pays, donc, qui l’a incité, hier, à remonter au créneau et résumer au micro de la journaliste Souhila El Hachemi (radio nationale Chaîne 3) l’objet du travail qu’il accomplit au nom des «forces du changement» : se battre pour la tenue d’un scrutin présidentiel dans un délai raisonnable, un objectif présenté comme la solution de sortie de crise la moins coûteuse pour l’Algérie, à condition qu’il soit accompagné de garanties dont celle de ne pas voir le gouvernement Bedoui associé à ce vote. Ainsi que les risques qui le menacent, dont des «résistances au changement» qu’il semble percevoir au sein du pouvoir réel et leur corollaire sur le terrain des libertés qu’il a évoqué avec une inquiétude non feinte.
Ce sont là deux écueils qu’il espère voir disparaître pour prétendre à l’«accord politique global» qu’il est urgent de conclure, selon lui, avec le pouvoir face «aux conséquences imprévisibles» de l’impasse actuelle. Un langage de diplomate, là encore, pour préciser qu’il n’est mandaté que pour la mission pour laquelle il a été désigné, la coordination et démentir l’existence d’une date pour le scrutin conditionné qu’il soutient. On en est qu’au début, a-t-il dit, de l’initiative qu’il représente et, parler de date des élections est prématuré, a-t-il expliqué.

Œuvre de «convergences»
La présidentielle, a-t-il souligné, ne sera possible que «quand les Algériens seront convaincus de la sincérité du gouvernement à les organiser dans la transparence». La disparition de la crise, ou son atténuation plutôt, ne sera possible qu’à la condition d’une «solution politique, négociée, consensuelle et pacifique» nourrie de confiance entre les Algériens et les autorités en place. Ce climat de confiance dépend de l’accord politique global qui devrait intervenir entre les forces politiques et un environnement donnant aux Algériens le sentiment que leurs voix ne seront pas volées et qu’ils sont véritablement entrés dans un processus démocratique.
A propos du discours du président de l’Etat, le 3 juillet, Abdelaziz Rahabi observe une évolution «technique», par la proposition d’une autorité indépendante, chargée d’organiser et de contrôler les élections, mais politiquement faible. «Cela n’est pas suffisant», parce que «peu de choses ont changé». Il en veut pour preuves les entraves apportées «à la liberté, à l’exercice de liberté de réunion mais également aux interpellations, aux intimidations pendant les marches, à la fermeture du champ de l’audiovisuel public…». Prévenant contre l’état de «lassitude et d’inquiétude» auquel sont arrivés les Algériens, il souligne que ceux-ci ne sont pas prêts à se satisfaire d’une solution «à n’importe quel prix».
En diplomate, toujours, il s’est dit prêt à relancer le «travail de convergence» en direction des forces politiques qui ne voient pas d’un bon œil son effort pour un dialogue, ayant pour aboutissement la tenue d’une élection présidentielle. Il a concédé beaucoup travailler en coulisses parce que «le temps politique et le temps médiatique», ce n’est pas la même chose.<