Beaucoup de monde, hier, au « Forum national du dialogue » organisé par les forces politiques, syndicales et associatives qui se prénomment « Forces du changement » et qui sont toutes d’accord que la solution à la crise algérienne actuelle passe par une élection présidentielle. Un scrutin garanti par un compromis et un consensus de crédibilité et de transparence, préparé et organisé sans l’implication de l’équipe exécutive incarnée par le Premier ministre Noureddine Bedoui. Entre participants et invités à l’évènement, trois personnalités et trois profils nous ont paru intéressants à « peindre », soit en restituant ce qui se dit à leur sujet, soit en leur donnant la parole sur une initiative pour laquelle ils ne semblaient pas être destinés depuis que l’Algérie s’est mise au jour et à l’heure du « vendredi 22 février »…

Abdelaziz Rahabi. Le coordinateur de la rencontre des « Forces du changement » était hier l’homme le plus exposé du « forum national du dialogue » qu’elles ont organisé. Non pas parce qu’il était le modérateur, patient, des interventions et des prises de parole des participants. Mais parce qu’il a été et demeure le centre de commentaires plus ou moins acerbes sur son action politique. L’ancien diplomate et ex-ministre de la Communication est soupçonné d’être un « sous-traitant » de l’institution militaire dans son plan d’organiser des élections présidentielles dans les plus brefs délais, comme solution idoine de sortir l’Algérie de la crise politique et institutionnelle dans laquelle elle se débat. Et que soutiennent les courants politiques et associatifs présents hier aux travaux du « forum ». Le mot « sous-traitant » a été utilisé par des anonymes dans le hall d’accueil de l’école de l’hôtellerie d’Ain Benian, lieu d’accueil de l’évènement. Il a été dénoncé par d’autres anonymes et par des personnalités publiques. « Il n’est l’envoyé de personne et ne défend que ses convictions », nous dira de lui Noureddine Bahbouh, ancien ministre et président de l’« Union des forces démocratiques et sociales ». Parmi les personnes qui ont défendu son action au sein des « forces du changement », il s’en trouve parmi elles qui croient que M. Rahabi «ne manque pas d’ambitions » et qu’il pourrait être intéressé par tenter ses chances aux présidentielles quand elles auront lieu…

Fatiha Benabou. La juriste et spécialiste du droit constitutionnel a occupé hier une place bien visible aux côtés de M. Rahabi. Si elle n’a pas pris la parole durant les travaux de la matinée (l’après-midi, on n’y était pas), elle n’a pas manqué comme à son habitude de répondre à toutes les questions des journalistes, nombreux, qui l’ont sollicitée durant la pause-déjeuner. Sans masque ni filtre d’ailleurs et pour rappeler que si elle a accepté d’être présente au « forum du dialogue national », c’était pour répondre à l’« insistance des organisateurs ». Intarissable sur tous les sujets qu’elle aborde dans ses réponses aux interrogations des médias, elle jure qu’elle ne parle « que droit et de droit constitutionnel, pas de politique». « J’ai mes idées, mes convictions mais elles sont personnelles », a-t-elle confié à Reporters, ajoutant que ses « compétences sont d’abord juridiques ». Son engagement sur ce terrain lui a fait dire, hier, que la solution la moins couteuse pour sortir le pays de la crise, c’est de réfléchir « à l’organisation dans un climat propice à la confiance et à la concurrence saine d’une élection présidentielle ». A l’issue de ce scrutin, il faudra « songer aux véritables réformes dont une révision constitutionnelle que le prochain président de la République doit engager impérativement », a-t-elle indiqué dans une conversation libre avec les journalistes. «Je ne suis pas contre un processus transitionnel, mais je n’en vois pas les garanties aujourd’hui sur le terrain ». De son point de vue, l’option de reconduite envisagée du chef de l’Etat par intérim après le 9 juillet, date d’extinction de son mandat, ne sera qu’un fait de principe dans l’objectif de mettre en place un dispositif politique et technique de préparation du scrutin présidentiel devant lui permettre de passer le relais. Si ce dispositif n’est pas là dans les temps impartis, « il y a lieu de rappeler que dans la Constitution actuelle, il existe l’article 28 » qui, «en cas de vide institutionnel, ouvre selon elle la possibilité à l’Armée autour de laquelle « s’organisent la consolidation et le développement du potentiel de défense de la Nation » d’assumer directement le pouvoir.

Nacer Djabi. Le sociologue et militant des libertés figurait hier parmi les invités de la rencontre et non pas comme un participant direct. « J’ai été invité comme beaucoup d’autres en tant qu’universitaire préoccupé par les évolutions rapides de la crise que connait le pays depuis plusieurs années et dont le mouvement du 22 février a été le grand révélateur. Je suis ici comme je l’ai été ailleurs dans plusieurs évènements et rencontres qui ont eu lieu à Alger et dans plusieurs villes d’Algérie», a-t-il déclaré à
Reporters. L’universitaire et militant se présente comme un « facilitateur de débats» et un militant des «convergences » en cours pour trouver une solution consensuelle à la crise actuelle.  J’ai pratiquement participé à toutes les rencontres et à toutes les discussions politiques depuis le début du Hirak, le 22 février. Je considère comme pertinentes toutes les interventions et les initiatives qui ont eu lieu, j’essaye alors de profiter de cette situation particulière pour pousser le débat plus loin et faire avancer le débat. Je n’ai pas de position arrêtée au sujet des présidentielles, mais je considère que les courants politiques qui défendent cette solution sont importants en nombre et ce qu’ils proposent n’est pas à rejeter, parce que cela ne vient pas des autorités en place, mais d’une croyance, voire d’une conviction qu’un scrutin présidentiel ouvert, transparent et préservé de toutes manipulations faciliterait les réformes et les changements revendiqués par le Hirak qui demeure l’acteur central dans ce qui se déroule dans le pays. Quand on voit la forte atomisation du champ politique et les clivages qui le traversent, et les risques d’aggravation de la crise, ce n’est pas quelque chose à rejeter en bloc. Un compromis est donc possible à condition qu’on n’oublie pas le Hirak, son combat pacifique et les messages qu’il ne cesse de délivrer toutes les semaines depuis plus de cinq mois ». Comment y arriver et dans quels délais ? « Je ne sais pas parce que la rencontre d’aujourd’hui n’est que la première étape d’un processus qui prendra des mois avec le risque d’obstacles imprévus, il faut travailler à créer les convergences nécessaires pour cela… »