Le président du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), Mohcine Belabbas, n’est pas allé avec le dos de la cuillère à l’égard des formations politiques des «Forces du changement», réunies à Aïn Benian (Alger) pour présenter une plateforme de propositions pour une sortie de crise.

Intervenant à l’ouverture d’une session du conseil national de son parti, il a reproché aux « forces du changement » de courir derrière l’élection présidentielle au détriment du changement démocratique et d’un Etat des libertés.
«C’est une réunion d’allégeance qui n’a pour but que d’aller vers la présidentielle sans se soucier des libertés et de la démocratie», a estimé Belabbas dont le parti est signataire, avec les Forces de l’alternative démocratique (FFS-PT-PST-MDS-UCP-PLD et LADDH), d’un pacte politique pour la transition qui ont boudé la rencontre des « Forces du changement ».
Plus virulent, il convoque l’itinéraire politique des membres de ce pôle politique. Ce sont, selon le chef du RCD, « d’acteurs du système éjectés par le président déchu, d’organisations de la société civile clientélisées par le régime» et de «quelques partis islamistes terrorisés par une option à la Sissi» qui procèdent de cette «démarche d’imposer une élection présidentielle parrainée dans les faits par les militaires de bout en bout».
Pour Mohcine Belabbas, «l’option qui consiste à réduire la crise à une nouvelle élection présidentielle est la pire», estimant qu’elle est «le corollaire direct de l’instrumentalisation de l’appareil administratif, sécuritaire et judiciaire».
S’agissant des plans de sortie de crise, l’intervenant a soutenu qu’aucune initiative «ne peut aboutir si des détenus d’opinion croupissent en prison, si la liberté de l’activité politique publique n’est pas garantie, si les entraves faites aux manifestations et à la liberté de circulation ne sont pas levées». Le premier responsable du RCD n’a pas omis d’incriminer ceux qui «réduisent» le soulèvement du 22 février au «départ et au jugement de quelques figures d’un système politique». «Le soulèvement du 22 février 2019 n’est pas une simple révolte contre l’injustice et les précarités installées par un régime qui voulait réduire les Algériens à de simples tubes digestifs. Ce n’est pas un mouvement de revendications, mais un soulèvement pour la réappropriation des libertés et du destin du pays», a estimé le premier responsable du RCD. Il ajoutera que «ceux qui, aujourd’hui, réduisent le contenu de ce sursaut révolutionnaire au départ et au jugement de quelques figures du système politique, qui a confisqué la victoire de la nation contre le colonialisme, le font par calcul ». Belabbas fera remarquer à son auditoire que «la répression qui s’abat ouvertement, aujourd’hui, contre des composantes du soulèvement touche avant tout les défenseurs de l’option démocratique et progressiste». Dans la même logique, il dira que «la division recherchée par le pouvoir de fait est d’isoler les forces revendiquant la rupture avec le système par le moyen d’une transition démocratique… » Il est, également, revenu sur les arrestations qui ont ciblé les porteurs de drapeaux berbères lors des marches hebdomadaires du vendredi. Il a dénoncé «la judiciarisation de l’interdiction de l’emblème amazigh » considérant qu’elle «a un double objectif, amputer le camp démocratique de son ancrage national, et pousser le camp populiste-conservateur à se rassembler».
«Les déclarations d’un Djaballah ou d’un Makri, ou le silence de nombreux acteurs politiques, sont significatifs d’opportunismes ancrés ou naissants qui portent en eux la peur de la démocratie et de la transparence», selon M. Belabbas.