Medhat Al Adl est une figure et grand producteur de cinéma et de télévision en Egypte. Vendredi 5 juillet, il a animé un débat, à l’hôtel Dar El Marsa, à Tunis, à la faveur du 2e Festival du cinéma méditerranéen de Tunisie (Manarat).

En 1999, il a produit la comédie « Hamam fi Amesterdam» qui a réalisé l’une des plus grandes recettes de l’Histoire du cinéma égyptien. «Hamam fi Amesterdam» a révélé aussi tout le talent du comédien Mohamed Heneidy. «Nous avons été obligés de passer de la production du cinéma à celle de la télévision. Samy Al Adl, mon défunt frère, avait une société de production depuis 1985, alors que moi et mon autre frère Djamal, nous n’avons pas de rapport avec la production. Lorsque le projet de «Saidy fi gamma al amrikia» (un Saidi à l’université américaine, autre grand succès du cinéma égyptien) est venu, personne n’en voulait. Nous avons alors décidé de créer une société en 1997 pour produire ce film, Al Adl Group. Encouragés par le succès, nous avons produit d’autres films. Après, des fonds des pays du Golfe sont arrivés et trois grandes sociétés ont été lancées. Le tapis a été retiré sous nos pieds», a regretté Medhat Al Adl. Il a cité l’exemple du payement du comédien Mohamed Heneidy. «Lors du premier film, nous lui avons versé 50 000 livres. Après le succès, nous sommes passés à deux millions de livres. La société, créée par des fonds du Golfe, lui a proposé sept millions de livres. Et le montant n’a pas cessé d’augmenter depuis. Nous ne pouvions pas les concurrencer sous quelque forme que ce soit. Ceux qui produisent sont ceux qui distribuent et qui gèrent les salles. Ils programment les films comme ils l’entendent. «Ahla Al awkat» (le premier long métrage de Hala Khalil avec la comédienne tunisienne Hend Sabri) a été un succès pour moi, notamment à la télévision, mais a été assassiné dans les salles en raison de la mauvaise programmation. Nous sommes face à un monopole qui fait que nous perdons à chaque fois que nous nous lençons dans des productions. A ce moment-là, nous avons décidé de passer à la production de télévision», a confié Medhat Al Adl qui est également scénariste. Il a écrit notamment le scénario du feuilleton «Mahmoud Al Masry» et «Andalib».

«En Tunisie, un film qui sort en salle est condamné au succès»
«J’ai découvert après le succès de «Mahmoud Al Masry» que l’influence de la télévision était grande. J’ai constaté que ceux qui ont vu le feuilleton, n’ont pas vu «Said fi gamaa al amerikia», n’ont jamais été au cinéma. Notre vision a changé depuis surtout que les réalisateurs des feuilletons usaient de techniques classiques. Le drama syrien nous a obligé à changer notre manière de faire les feuilletons à la télévision. Nous avons décidé d’introduire de nouvelles caméras et solliciter des réalisateurs de cinéma», a-t-il précisé. Selon lui, l’industrie du cinéma en Egypte est toujours en crise. Médecin de formation, Medhat Al Adl est également poète. Il a écrit des paroles pour des stars de la chanson arabe comme Amr Diab, Samira Said et Mohamed Mounir. Sami El Fehri, producteur de dramas tunisiens et directeur de la chaine Al Hiwar Al Tounsi, présent lors du débat, a estimé que la concurrence entre le cinéma et la télévision n’est pas possible en Tunisie en raison de la taille réduite du marché. «Le cinéma tunisien est soutenu par le ministère de la Culture. Ce n’est pas le cas des feuilletons de télévision. Il y a beaucoup de pression sur les cinéastes. En Tunisie un film qui sort en salle est condamné au succès», a-t-il dit. Selon Néjib Ayed, producteur et directeur des Journées cinématographiques de Carthage (JCC), présent également au débat, le soutien de l’Etat au cinéma tend à se réduire. «En 2017, 37 films ont été produits, 50 % n’étaient subventionnés», a-t-il dit. Les présents ont cité le film d’horreur tunisien «Dachra» de Abdelhamid Bouchnak, sorti en janvier 2019, qui a été financé par le réalisateur, sans l’aide de l’Etat, et qui a réussi en salle. Medhat Al Adl a souligné que l’Etat tunisien soutient le cinéma comme un acte culturel pour contrer le terrorisme et le radicalisme. «Pourquoi alors l’Etat ne soutient pas aussi la production de télévision qui touche plus largement les gens ?», s’est-il interrogé. Pour Sami El Fehri, le film et le feuilleton doivent trouver les moyens de s’autofinancer pour «que nous ayons un véritable marché avec des dizaines de films et de feuilletons». «Les coûts de production se sont démocratisés. Avec une petite caméra, on peut faire beaucoup de choses. Il y a possibilité de faire des films avec de petits moyens, pas besoin de luxe», a-t-il dit. Dora Bouchoucha, productrice et directrice du Festival Manarat, a souligné qu’il n’existe pas vraiment de recette. «Il y a parfois ceux qui ont fait des films avec de petits moyens et qui réussissent», a-t-elle noté. «Le marché de la publicité est petit chez nous. Il faut que la télévision et le cinéma mettent la main dans la main pour produire ensemble», a plaidé Sami El Fehri. Sami El Fehri a écrit le scénario du feuilleton à succès, « Awled Moufida» qui à sa quatrième saison depuis son lancement en 2015.