Le coordonnateur de la rencontre, Abdelaziz Rahabi, a tenu à préciser, à l’ouverture de la rencontre, que celle-ci a été préparée dans l’urgence et que ses initiateurs ont vu la nécessité d’ouvrir le dialogue pour répondre aux revendications légitimes du Hirak populaire et, par conséquent, sortir le pays de la crise dans laquelle il se débat depuis le 22 février dernier. Ce forum est inclusif, c’est un espace ouvert à tous pour un échange d’idées et de visions», a-t-il réitéré.
Les chefs de partis ont, dans leurs interventions, mis l’accent sur les préalables au dialogue dont le départ de tous les symboles du système décrié, l’indépendance réelle de l’instance de préparation des élections, la révision de la loi électorale, ainsi que la libération des détenus d’opinion et des jeunes porteurs de l’emblème amazigh, entre autres.

Election présidentielle dans un délai de 6 mois
L’instauration d’«un climat de confiance» est la seule voie qui puisse aboutir à «un dialogue serein» dont l’objectif final reste, selon les Forces de l’opposition, l’organisation de l’élection présidentielle. Celle-ci devrait se tenir dans un délai de 6 mois sous la supervision et le contrôle, du début jusqu’à la proclamation des résultats, d’une instance indépendante d’organisation des élections, dont les mécanismes de mise en place et de fonctionnement seront définis dans le cadre du dialogue et sans aucune intervention du pouvoir, de quelque manière que ce soit, sauf pour la logistique, selon le document distribué aux participants lors de la rencontre. Dans ce même document, les «dialoguistes» ont souligné «le rôle d’accompagnateur, de soutien et de garant de l’Armée nationale populaire» dans la satisfaction des revendications du peuple. «En plus de ses missions constitutionnelles, l’ANP s’est retrouvée contrainte de participer pour trouver une solution à la crise politique (…). De ce fait, l’armée doit aider à une sortie de crise et à une transition démocratique en respectant la volonté populaire et en étant en phase avec les revendications légitimes de la révolution pacifique du peuple».
Dans ce sens, Abdellah Djaballah (président du FJD) a noté que «le dialogue ne signifie pas seulement parler de l’instance de préparation des élections, mais aussi de la mise en œuvre de l’article 7 de la Constitution qui consacre la souveraineté du peuple». Après avoir noté que des avancées ont été enregistrées dans le dernier discours du «président par intérim illégitime» et que «le peuple continue de ne pas accorder sa confiance» au pouvoir, Djaballah appelle ce dernier «à faire preuve de bonne foi et à libérer les détenus d’opinion».

Dernier discours de Bensalah salué, mais
Dans son intervention, Ali Benflis (président de Talaie El Hourriyet) a affirmé que «le dernier discours de Bensalah est un peu différent des précédents en ce sens que des lignes ont bougé et qu’il nécessite une réflexion. Il a proposé une base incomplète de sortie de crise qu’il nous revient de compléter». Après avoir lu quelques passages du discours de Bensalah, Benflis a conclu que celui-ci présentait «des garanties pour un dialogue en toute sérénité ». Le président de Talaie El Hourriyet estime également que «le pouvoir a bien fait de déclarer qu’il n’est pas partie prenante du dialogue» et que «le pays est face à une crise de système très dangereuse», comme il met en garde contre «l’impasse» et souligne «la nécessité d’un dialogue serein, organisé et, surtout, empreint de confiance et de crédibilité». Pour Benflis, le dialogue pour la mise en place d’une instance de préparation des élections doit aussi aborder l’amendement de la loi électorale.Le président de l’Union des forces démocratiques et sociales (UFDS), Nourredine Bahbouh, considère lui aussi que la dernière offre de dialogue de Bensalah est acceptable. Un avis dans lequel il est rejoint par le président du mouvement El Bina, Abdelkader Bengrina qui a accueilli favorablement l’appel au dialogue de Bensalah, tout en appelant à «la satisfaction des revendications réalistes du peuple sans tomber dans le vide constitutionnel» et en souhaitant que «la campagne anticorruption aboutisse à l’assainissement de l’environnement politique».

Contre la transition
Le président du Mouvement de la société pour la paix (MSP), Abderazak Makri, a été le seul à évoquer l’initiative de l’Alternative démocratique initiée par le FFS et rejoint ensuite par le RCD, le PT, le PST, l’UCP, le MDS, le PLD et la LADDH et à propos de laquelle il a ouvertement déclaré être «contre l’assemblée constituante» qu’ils proposent pour une sortie de crise car «c’est un choix irrationnel». Revenant au dialogue, il a estimé acceptable la dernière offre de dialogue du chef de l’Etat intérimaire, mais plaide pour son départ et son remplacement par une personnalité consensuelle. Insistant sur la nécessité du dialogue, il soutient que «si on rate cette occasion, c’est le retour assuré au système bouteflikien ou un autre et la ‘‘içaba’’ sera libérée», avertissant au passage que «le pouvoir absolu ne peut générer que la corruption». Il insiste que «nous ne devons pas rater cette chance de construire notre pays car nous en avons déjà raté deux : la première après l’indépendance en 1962 et la seconde après les évènements d’octobre 1988». Pour sa part, Soufiane Djilali (président de Jil Jadid) a déclaré qu’«’il n’est pas possible de dialoguer alors que des jeunes et des moudjahidine sont en prison pour avoir participé à une manifestation, avoir arboré l’emblème amazigh ou même avoir critiqué les dirigeants du pays». Pour lui, «l’Algérie a donc besoin de profonds changements politiques et institutionnels, et alors que tout le monde s’accorde à dire que le régime politique qui a sévi durant 20 ans, au moins, est en plein effondrement, les figures symboliques de cette époque sont encore aux commandes du pays».
Dans tous les cas de figure, dit-il, «il n’y a aujourd’hui, pour les tenants du régime plus qu’une seule issue : organiser la passation de pouvoir au peuple». Pour lui, le dialogue devrait porter, entre autres, sur «le changement du gouvernement actuel avec la désignation consensuelle de compétences neutres et le départ de tous les anciens membres des gouvernements de Bouteflika ; la négociation sur la nature, les pouvoirs et la composante de la future autorité qui aura la responsabilité d’administrer les élections, ainsi que les amendements à apporter aux lois en relation avec les élections ; l’ouverture des médias publics et privés ; la définition de la date des prochaines élections».
Fawzi Rebbaïne (Ahd 54), Tahar Benbaibèche (Fadjr Djadid), Abdelaziz Ghermou (MNL) ont également abondé dans le même sens que les autres présidents de partis et considéré que la seule voie de sortie de crise reste le dialogue avec les préalables susmentionnés.
A noter que la matinée d’hier a été réservée aux interventions des chefs de partis, alors que l’après-midi a vu les interventions des représentants de la société civile.