Reporters : A la veille du 5 Juillet, date anniversaire de l’Indépendance de l’Algérie, des acteurs politiques et associatifs ont appelé les citoyens à sortir en masse demain. Quelle est l’importance de cette date dans le contexte actuel?
Saïd Salhi : Ce vendredi coïncidera avec la double célébration de l’anniversaire de l’Indépendance et de celle de la journée de la jeunesse. Sans oublier bien sûr qu’il s’agit aussi du 20e vendredi de mobilisation depuis le déclenchement du mouvement populaire le 22 février. Ce vendredi sera, à n’en pas douter, une journée chargée en symboliques, car il faut rappeler que c’est la jeunesse qui a été à l’avant-garde du mouvement populaire qui s’inscrit dans la continuité de l’indépendance nationale. Ce mouvement d’essence patriotique a permis au peuple algérien de renouer avec son histoire, son algérianité et surtout son patriotisme. C’est une opportunité historique pour le peuple de fêter pour la première fois le 5 Juillet dans la communion, l’union et la réappropriation de tous ce qui est algérien et duquel ont été malheureusement exclus les mêmes Algériens.

Ces derniers temps, le mouvement populaire fait face au durcissement du dispositif sécuritaire suivi par des arrestations. Comment faire pour maintenir le même niveau de la mobilisation citoyenne?
Il ne faut pas oublier que la date du 5 Juillet est une date de résistance. C’est pour cela qu’il faut résister à toutes les tentatives de révisionnisme et autres tentatives d’étouffement du mouvement qui exprime justement la volonté populaire. C’est aussi une occasion de réaffirmer la voie pacifique qui nous permet de tenir et de ne pas verser dans des comportements contraires aux valeurs qui motivent notre engagement.

Après avoir enregistré une véritable montée d’arrestations dans les rangs des manifestants, notamment pour port du drapeau amazigh, l’arrestation du combattant Lakhdar Bouregaâ est venue ajouter au climat de tension. Quelle interprétation donnez-vous à cette évolution ?
Les arrestations de jeunes pour simple port du drapeau amazigh est une dérive qui vise à diviser le mouvement et qui risque aussi de diviser le pays. C’est pour cela que je dis aussi que le 5 Juillet est une occasion pour le peuple algérien de réaffirmer son union dans la diversité. Le drapeau amazigh ne s’oppose pas au drapeau national, bien au contraire c’est une symbiose de l’algérianité construite dans la rue, dans l’action par toutes les sensibilités qui existent. Le drapeau amazigh qui existe désormais depuis des lustres a toujours été présent et cela dès le début du mouvement populaire. Il ne faut pas oublier que la dimension amazighe a réalisé des avancées : tamazight est aujourd’hui une langue nationale et officielle, elle n’est pas un facteur de division, mais un facteur de consolidation de l’unité nationale. Concernant le cas du moudjahid Lakhdar Bouregaâ, il s’agit d’une attaque à l’encontre d’un symbole de la révolution. Il est inacceptable de célébrer le 5 Juillet avec un artisan de la guerre de libération derrière les barreaux. Nous souhaitons que Bouregaâ recouvre sa liberté rapidement. Sa place n’est pas en prison. Elle est dans le témoignage de la mémoire pour la jeunesse d’aujourd’hui.
Avec la démission de Mouad Bouchareb de la tête de l’APN, un autre B vient de sauter…
Il vrai que le départ de Mouad Bouchareb fait partie des revendications du mouvement populaire, mais là où nous sommes arrivés aujourd’hui, son départ est un non-évènement. L’Assemblée populaire nationale ne joue actuellement aucun rôle, d’ailleurs elle est oubliée par le peuple algérien.

Le pouvoir politique a réitéré à l’occasion de la célébration de l’Indépendance son appel au dialogue avec les partis et la société civile. Comment allez-vous traiter avec cette énième offre de dialogue ?
Nous ne sommes pas contre le principe du dialogue, mais il ne faut pas oublier que le dialogue a ses règles. C’est une évidence. On ne peut pas appeler au dialogue au moment où on interdit aux citoyens de dialoguer entre eux. Je cite le cas de la conférence nationale de la société civile dont l’autorisation pour sa tenue n’a été donnée que le jour même, tandis que celle des Forces de l’alternative démocratique n’a pas eu d’autorisation. Avant de parler de dialogue, le pouvoir doit faire preuve d’une véritable politique en créant un climat propice à l’échange notamment à travers la mise en place de préalables pour permettre aux gens de croire à cette démarche. On ne peut pas aller vers le dialogue au moment où des manifestants sont réprimés et où un ancien combattant de la guerre de libération est jeté en prison. Il faut décrisper l’atmosphère.