Le 19e vendredi de la vie du Hirak aura été le plus significatif aussi bien en matière d’engagement des manifestants que de la présence policière. Les rues empruntées habituellement par les manifestants étaient carrément quadrillées par les services de l’ordre. Cet arsenal –jusqu’ici moins musclé – n’a pas réussi à dissuader les Algériens à sortir par milliers pour perpétuer une flamme démocratique née le 22 février dernier. C’était un moment clé pour le mouvement, à la veille du 20e vendredi, coïncidant avec le 5 Juillet, fête nationale et de la jeunesse. Cette volonté de s’ancrer dans la durée, clairement affichée vendredi dernier, fait face, en revanche, à une répression qui monte d’un cran et qui s’est soldée, pour la deuxième semaine, par de nombreuses arrestations parmi les manifestants. La fermeté de la réponse policière laisse penser que les jours à venir seront des plus durs, alors que s’approchent les saisons des vacances et des grosses chaleurs. Parallèlement, les acteurs de la scène politique ne cessent de questionner les solutions de sortie de crise ; certains privilégiant la transition démocratique, alors que d’autres s’agrippent inlassablement à l’utilité d’une élection présidentielle dans les plus brefs délais. Pour le 20e vendredi, les manifestants espèrent que cette journée donnera un second souffle au mouvement, alors que les étudiants s’apprêtent à clôturer leur année universitaire. Si la mobilisation est restée jusqu’ici intacte, l’apparition de quelques blocages notables, comme celui de la fermeture des principaux axes par la police, pourrait à terme freiner les flux, autrement susciter l’effet inverse en ravivant la flamme chez les manifestants. Cette hypothèse a été confirmée durant plusieurs vendredis, du temps où les étudiants étaient envoyés chez eux avant même le début officiel des vacances, voire du temps où le pouvoir politique comptait sur l’essoufflement du mouvement durant le mois du Ramadhan. Bénéficiant du soutien de certains acteurs politiques à l’idée d’une impérative présidentielle, le chef de l’Etat et son Premier ministre ont rediscuté la semaine dernière des conditions d’un nouvel agenda électoral. Les partis et les personnalités acquis à la thèse d’un scrutin urgent devraient se rencontrer le 6 juillet prochain, alors que les forces démocratiques pour le changement entendent maintenir le rythme des consultations autour de la transition. Il est vrai que les deux approches sont peu conciliables, mais cette situation est propre à tous les pays où se négocient les alternatives à un régime finissant. Cependant, l’histoire nous a enseigné que pour la réussite d’un dialogue autour d’un projet de sortie de crise consensuel, des mesures d’apaisement sont nécessaires tant à l’endroit des manifestants qu’à l’adresse des acteurs politiques. Il serait ainsi préférable que les autorités du pays libèrent les manifestants arrêtés ces dernières semaines, indépendamment de ce que fait la justice sur le terrain de la lutte contre la corruption.