L’Arabie saoudite et la Fédération de Russie, les deux poids lourds en matière d’industrie pétrolière dans le monde, semblent prêtes à prolonger le bail de l’accord de baisse de la production, signé en décembre 2018 entre l’Opep et ses alliés non-Opep, pour une nouvelle période de six mois.
L’accord a fait l’objet de discussions au plus haut niveau politique entre Saoudiens et Russes en marge du sommet du G20 à Osaka, au Japon. Le président russe, Vladimir Poutine, et le prince héritier saoudien, Mohammed ben Salmane, ont échangé leurs points de vue sur la situation du marché pétrolier et sur la manière de maintenir les cours du pétrole dans les limites acceptables. Ils considèrent que seule une reconduction de l’accord en question permettrait de maintenir le soutien des prix à des niveaux acceptables. Riyad et Moscou, ayant les mêmes préoccupations et les mêmes intérêts sur la question pétrolière, se sont accordés sur la nécessité de le prolonger de six mois (probablement). Le président russe Vladimir Poutine a, ainsi, annoncé s’être entendu avec l’Arabie saoudite pour prolonger leur accord sur une baisse de production pétrolière afin de soutenir les cours. «Nous nous sommes mis d’accord. Nous allons prolonger cet accord, la Russie comme l’Arabie saoudite», a-t-il affirmé. Sur la question de la période, il répondra «on va y réfléchir. Pour six ou neuf mois. Il est possible que ça soit jusqu’à neuf mois», aux journalistes, en marge du sommet du G20 à Osaka. Cela devrait être officialisé mardi à Vienne, à l’occasion d’une réunion entre les ministres des 14 membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), dont l’Arabie saoudite, et leurs dix partenaires, menés par la Russie. L’Organisation et ses alliés, qui produisent la moitié du pétrole du globe, avaient décidé en décembre d’abaisser leur offre cumulée de 1,2 million de baril par jour (mbj) : stratégie gagnante, puisque le prix du baril s’est envolé d’environ 30% au premier trimestre, avant de se modérer. «Nous croyons que nos accords de stabilisation de l’offre (…) ont eu un effet positif», avait affirmé Poutine dans un entretien au Financial Times, publié cette semaine, assurant que les pays producteurs chercheraient à Vienne à maintenir la «stabilité» du marché, confronté à une offre abondante et à une demande en berne. La rencontre de mardi s’annonce difficile, dans une conjoncture plus incertaine au plan géopolitique, avec une escalade des tensions avec l’Iran, et une offre pétrolière américaine abondante. Le prix du pétrole tente d’y résister. Le Brent, qui s’échangeait vendredi, 28 juin, à 66 dollars le baril à Londres, a été revigoré par l’escalade des tensions dans le Golfe, après des attaques de tankers imputées à Téhéran, la destruction par l’Iran d’un drone américain et des propos belliqueux du président Donald Trump. Cette montée des tensions a ravivé les craintes d’une «perturbation» de l’offre pétrolière, observe Caroline Bain, analyste de Capital Economics, cité par l’AFP, mais sans «affoler excessivement le marché», note-t-elle. Les stocks mondiaux atteignent des niveaux élevés, les Etats-Unis (premier pays producteur) restent capables d’augmenter rapidement leur offre, si nécessaire, tout comme les pays de l’OPEP, qui ont de grandes capacités de production non utilisées. Autre élément important, les risques géopolitiques sont partiellement éclipsés par l’impasse de la guerre commerciale Chine/Etats-Unis, qui plombe la croissance économique. Pendant ce temps, les pays membres de l’organisation pétrolière et leurs partenaires continuent de maintenir une certaine cohérence dans leur stratégie de soutien aux cours du brut. Ils arriveront mardi en rangs serrés dans la capitale autrichienne. Une stratégie qui a produit des résultats qu’ils jugent bon pour eux. On ne change pas une stratégie qui marche !