Sur cette étendue de 33 hectares, dans la zone industrielle de Tamzoura, à Aïn Témouchent, le projet d’usine de production JAC, JMC et SsangYong, attend toujours son heure d’achèvement et l’entame de ses activités. Deux années et demie après avoir signé, en janvier 2016, l’accord de partenariat avec le groupe public chinois JAC Motors, Emin Auto a organisé, jeudi dernier, une visite guidée pour la presse afin de communiquer sur ce projet et espérer décrocher l’aval du Conseil national des investissements (CNI) sans lequel il ne pourrait ni achever les travaux de l’usine ni commencer ses activités, prévues le mois de novembre prochain.

Au seuil du chantier, une plaque Emin Auto vous indique que vous êtes arrivés à destination. Mais aucun signe perceptible d’une usine en devenir, avant que les quelques mètres qui suivent ne fassent changer d’impression aux journalistes venus découvrir un projet qui a déjà fait parler de lui plusieurs fois à travers les blocages dont il a souffert pour sa concrétisation, à l’exemple du matériel pour son montage bloqué en 2018 au port d’Oran.
Et plus on avance, plus on se rend compte que la construction de l’usine a fait plus qu’avancer. Mieux, les « travaux ont même été réalisés à hauteur de 80% », se réjouit le P-DG de l’entreprise, Nihat Sahsuvaroglu, tout le long de la traversée du site où Emin Auto a planté ses décors avec l’ambition de construire la « première usine privée de fabrication automobile, moteurs et superstructures en Algérie », a-t-on déjà précisé, avant même l’arrivée à Tamzoura, non sans vous le rappeler constamment durant la découverte du projet. Un rappel à valeur de précision de taille dans un secteur automobile monté de kits d’assemblage totalement importés et toujours en quête d’’intégration locale promise par les porteurs de projets déjà en activité.
Par taux d’avancement de 80%, comprendre que l’usine automobile de Tamzoura a déjà consommé le gros des travaux de son édification. Lesquels travaux concernent la chaîne d’assemblage et d’ajustement, un atelier d’aménagement des véhicules, un atelier d’essais et vérifications, un parc sous douanes, des réservoirs d’eau, des réseaux d’assainissement et aussi des routes et divers, précisera Sofiane Baghdadi, directeur régional et responsable des produits chez Emin Auto. Ajoutant que la réalisation du site a nécessité un investissement de 2,7 milliards de dinars, alors qu’un montant identique sera injecté dans la ligne de production dont la construction sera achevée en 25 jours une fois l’autorisation du Conseil national des investissements obtenue.

« Nous ne regardons pas ce qui se passe ailleurs »
« Nous avons déjà obtenu l’avis favorable du comité d’évaluation technique du ministère de l’Industrie, celui de l’Agence nationale du développement de l’investissement (ANDI), le permis de construire, l’acte de propriété, la lettre d’engagement de JAC Motors pour la production de moteurs, d’équipements, superstructures et châssis pour JAC et autres marques », énumérera, de son côté M. Sahsuvaroglu, soulignant toutefois que « l’accord du CNI reste la condition préalable pour la finalisation des travaux et le démarrage de la production au niveau de l’usine ». De quoi pousser toutefois Reporters à poser la question de savoir si la promotion d’un projet d’usine automobile a des chances d’aboutir en cette période de remises en cause tous azimuts que traverse le secteur, et de scandales qui le secouent, impliquant plusieurs institutions, dont le CNI même. « Chez Emin Auto, nous ne regardons pas ce qui se passe ailleurs, nous nous occupons de notre projet, qui n’est pas nouveau, et nous comptons aller jusqu’au bout en faisant valoir des arguments sérieux et un engagement financier qui mérite d’être pris en considération puisqu’il contribuera au développement de l’industrie algérienne », répondra le même responsable, insistant sur « l’engagement » également de JAC Motors et de la Chine. Il rappellera, à ce sujet, l’envoi d’une correspondance, en 2018, par le gouvernement chinois à l’ancien ministre de l’Industrie et des Mines, à savoir Youssef Yousfi. « Selon cette correspondance, JAC Motors et son partenaire historique en Algérie depuis 19 ans Emin Auto, se sont engagés pour une usine de fabrication automobile ainsi qu’une autre pour la production de moteurs en Algérie, et ce, à travers cinq étapes distinctes », tiendra à ajouter le PDG d’Emin Auto.

Moteurs, superstructures et châssis au programme
Ces étapes permettront une forte intégration de l’usine de Aïn Témouchent dès le départ. Elle concerne l’usine de fabrication des moteurs pour les camions JAC/JMC qui « entrera en production dès la réception de l’unité devant abriter ce projet. Celle-ci devrait se faire au bout de 45 jours suivant la première commande des collections SKD et après réception de l’unité de fabrication des moteurs », expliquera M. Baghdadi. Précisant que cette unité sera identique à celle dont dispose le constructeur chinois dans son pays et aura à produire 40 000 moteurs pour sa première année et deux types de moteurs, le 2.8 litres diésel avec Turbo et le 2.8 litres diésel avec turbo intercooler. Il est également question de fabrication des superstructures ou les carrosseries servant tour l’aménagement des camions. « Les bennes, plateaux, nacelles, bennes à ordures, frigo et autres containers seront alors totalement fabriqués à notre niveau », fera encore savoir le directeur régional et responsable des produits chez Emin Auto. Mêmes promesses pour la fabrication des châssis et la cabine ainsi que la peinture pour les modèles de l’usine qui « sera totalement assurée au niveau de notre unité de production et ce, avant la fin du premier trimestre 2020 », poursuit le même responsable, avant d’ajouter que « la future usine Emin AUTO/JAC devrait atteindre le plus vite possible un taux d’intégration des plus importants ». Dans cet objectif, elle pourra compter sur les sous-traitants chinois et turcs de JAC. Ces derniers « sont prêts à venir à s’installer en Algérie et à contribuer à cette intégration », promet encore M. Sahsuvaroglu. Outre une sous-traitance à fort taux d’intégration local, Emin Auto/JAC veut faire de son usine de camions et pick-up en Algérie une rampe de lancement à destination de l’Afrique. « Nous comptons exporter 30 à 40% de notre production vers des pays de l’Afrique. Cela ne saurait se faire sans le soutien des pouvoirs publics à travers l’amélioration de la logistique, la signature d’accords commerciaux avec les pays africains et un accompagnement des banques en faveur des exportateurs », dira, dans cette perspective, le patron de l’entreprise.

Prix imbattables
Une fois entrée en activité, cette usine produira des camions légers et fourgons JAC, des camions légers et poids lourds ainsi que des pick-up JMC, mais aussi des pick-up et des SUV SsangYong. La fabrication se fera sur chaînes d’assemblage distinctes, avec un volume de production qui atteindra les 100 000 unités à terme pour les trois gammes réunies. A son inauguration, elle fonctionnera avec 250 employés et les effectifs seront renforcés graduellement, nous dira, par ailleurs, le premier responsable d’Emin Auto, avant d’évoquer la grille tarifaire que compte appliquer son entreprise pour les véhicules fabriqués à Ain Temouchent.
Des prix imbattables s’ils venaient à être concrétisés, puisqu’ils se situent à plusieurs centaines de milliers de dinars en dessous de ceux proposés actuellement chez les concurrents. Jugez-en : un JAC 1040 S New Face (carrosserie plateau, 2.8 injection, charge utile 1 450 kg) sortie de l’usine de Tamzoura sera cédé à 1 700 000 DA contre 2 340 000 DA ou 2 990 000 DA pour des camions de même segment (châssis nu) commercialisés par d’autres marques sur le marché algérien. Dans le cas des SUV sud-coréens SsangYong, le client algérien sera sans doute ravi d’apprendre que le très prisé Korando (2.0 Turbo diesel) fabriqué en Algérie coûtera tout juste 2 700 000 DA.
A noter qu’Emin Auto est présent en Algérie depuis l’année 2000, année où il avait entamé ses activités en tant que distributeur de JAC, puis de JMC à partir de 2003, avant de renforcer encore cette présence avec la commercialisation de la gamme sud-coréenne SsangYong en 2005, puis des chinoises Chana et Changan, en 2013. Cette entreprise compte actuellement un réseau de 48 agents assurant un total de 1 750 emplois directs et 8 000 emplois indirects, selon les chiffres livrés par ses responsables.