La clinique El Anouar revient s’illustrer dans la chronique constantinoise, plus de dix ans après avoir défrayé les annales des cliniques privées naissantes. La justice s’en est mêlée et des peines requises ont été prononcées par le Tribunal de Constantine. Des peines de trois ans et 50 000 DA d’amende pour chaque accusé, trois médecins de ladite clinique et deux administratifs.

La clinique El Anouar, située sur les hauteurs de Constantine, sur le plateau du Mansourah, face au siège de la 5e Région militaire, a été l’une des premières cliniques privées de la ville, créée en 2006. Spécialisée dans le traitement des maladies des yeux, la clinique ophtalmologiste a été pendant des années la Mecque de plusieurs patients de l’Est algérien, malgré les scandales. Nous avions déjà eu l’occasion de noircir des pages sur les dépassements du personnel et les plaintes déposées par des patients, en 2008, et nous avions été destinataires, au même titre que plusieurs confrères, de menaces du propriétaire de la clinique El Anouar, un ophtalmologiste, un « fils » du service éponyme du CHU de Constantine.
Après des péripéties judiciaires qui se sont étalées sur plus de dix ans, la justice a réussi à réunir les pièces du puzzle pour demander des comptes à quatre des cinq accusés, en présence d’un seul plaignant. Ce dernier a vu son bébé quitter prématurément ce monde suite à une erreur médicale.
Un médecin traitant, le propriétaire de la clinique, et un médecin anesthésiste réanimateur étaient à la barre pour avoir abouti à une cécité complète de cinq patients entre 2006 et 2008. Les victimes avaient subi des opérations de la cataracte, somme toute banales, même pour l’époque, et avaient contracté des germes qui ont abouti à des pathologies ayant entraîné la perte de vue. Les expertises médicales avaient conclu à une absence totale de stérilisation de la salle des opérations, malgré les nombreux avertissements adressés à la clinique auparavant.

Opération sans autorisation
Quant au décès incriminé, il concerne un bébé âgé de sept mois en 2007. Son père, de la wilaya de Tébessa, a ému l’assistance en relatant les péripéties ayant conduit à la mort de son enfant. « Les médecins m’ont demandé d’arrêter toute nourriture de mon fils dès 3H du matin, C’est ce que j’ai fait. Mais au niveau de la clinique, complètement désorganisée, les opérations étaient faites à-la-va-vite et apparemment sans aucune planification. Mon fils a été programmé et déprogrammé à plusieurs reprises, et quand il s’est retrouvé sur la table d’opération, plusieurs heures s’étaient déjà écoulées. J’apprendrai par la suite que mon fils a eu une dose d’anesthésie qui correspond à un enfant de cinq ans. Mon fils ne s’est jamais réveillé, et bien que j’en faisais le constat au niveau de la clinique, j’ai été trimballé d’un responsable à l’autre sans que personne s’inquiète de l’état d’un bébé entre leurs mains ». Des propos que le père de la victime avait tenus il y a une dizaine d’années quand il s’est présenté à nous pour relater sa mésaventure fatale. A l’époque aussi, il avait décidé de « voler » son enfant de la clinique pour l’emmener au CHU, deux jours après son opération et sans le moindre soin, où l’on ne fera que constater le décès du bébé. Fou de douleur, le père ira déposer plainte auprès du Tribunal et du Conseil de l’ordre des médecins, où il découvrira que le cas de son fils n’était pas isolé, bien que les autres cas n’aient pas été fatals. Mais les malades avaient quand même perdu la vue. Le chirurgien se défendra en affirmant que l’opération a été un succès, et qu’il n’était pas responsable de la suite. Le propriétaire de la clinique, pour sa part, jettera l’opprobre sur les désormais malades aveugles, fustigeant leurs comportements après les opérations et leur manque d’hygiène, le tout ayant conduit à une cécité irréversible, et que pour le cas du bébé, « un accident cardiaque a fait que le cœur du bébé s’est arrêté de battre à trois reprises, pour que le bébé se réveille enfin », pour décéder par la suite deux jours après au CHU. L’accusation mettra le doigt sur une absence d’autorisation de l’opération du bébé, ainsi que l’absence aussi des dossiers des patients devenus aveugles. Une observation relevée à l’époque par la commission qui s’est déplacée au siège de la clinique suite à la médiatisation des scandales à l’époque par la presse, constatant une « réapparition » des documents, « grossièrement imités » par les deux administratifs qui devront aussi répondre de leurs actes devant la justice qui a requis à leur encontre, également, trois ans de prison et 50 000 DA d’amende.