C’est toujours le même état des lieux. Le système des assurances dans l’agriculture n’arrive toujours pas à connaître une évolution significative. Et pourtant, du côté de la Caisse nationale de mutualité agricole (CNMA), leader incontesté en assurances agricoles avec une part de 80%, on affirme avoir mené sans relâche des campagnes de sensibilisation à même de convaincre les gens de la terre de l’intérêt de contracter une police d’assurance de leurs activités. Cela n’a pas eu d’impact positif. Les chiffres le prouvent. En effet, le résultat comptable de la CNMA au titre de l’exercice 2018 fait ressortir 2 100 souscriptions d’assurance sur une population de près de 1 000 000 d’exploitants agricoles menant plusieurs activités de production. Selon le directeur central des risques agricoles auprès de la CNMA, M. Krimo Mebtouche, le taux de souscription se rapproche des 3,1%. « Ce qui reste très faible » selon ce responsable. C’était lors de la présentation du bilan d’activités 2018 de la CNMA à l’occasion d’une rencontre qu’a organisé, hier à Alger, la CNMA avec les conseils interprofessionnels. Une rencontre présidée par le directeur général de la Caisse M. Chérif Benhabylès et en présence de M. Mohamed Kherroubi, directeur de la régulation à la production auprès du ministère de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche. Dans son exposé, Mebtouche a surtout mis en exergue les excellents résultats financiers atteints par la CNMA, et selon lui, la Caisse a réalisé au cours de ces dernières années une progression en chiffre d’affaires passant de 9,6 milliards de DA en 2013 à 14,025 milliards de DA en 2018, soit un taux d’évolution de 46% en six exercices. Il a, par ailleurs, fait remarquer que c’est la filière céréales qui arrive en tête du tableau avec un taux de pénétration des assurances agricoles 6,53%, suivie de la filière pomme de terre avec 0,19%. Un classement tout à fait logique car c’est dans ces deux filières que l’on compte le plus grand nombre d’adhérents. Mais il y a lieu de savoir que dans d’autres filières, si le nombre d’adhérents n’est pas élevé, par contre les risques dans celles-ci sont nombreux. C’est sur ce constat de terrain que le directeur général de la CNMA a tenu à se prononcer. « Faut-il en déduire qu’un grand nombre de conventions, que nous avons passées avec les conseils interprofessionnels, est resté lettre morte ? » s’est interrogé Benhabylès. Poursuivant dans ce sens : « Je me demande s’il ne va pas falloir revoir toute notre stratégie dans notre corps de métier. C’est d’autant plus à prévoir quand on sait que la mutualité agricole peut être un levier de développement du secteur, dont dépend exclusivement la sécurité alimentaire du pays.» Avant de passer au débat, le premier responsable de la CNMA a tenu à souligner à l’assistance que « la rencontre d’aujourd’hui est une opportunité d’échanges d’expériences pour trouver des mécanismes et solutions pour inciter l’ensemble des opérateurs du secteur à œuvrer de concert pour le développement de la culture d’assurances ». De leur côté, de nombreux intervenants se sont empressés tour à tour de dévoiler au directeur général quelques points « noirs », qui éloignent les agriculteurs à souscrire une police d’assurances. « On lui demande un acte de propriété mais qui en possède ? », a lancé un intervenant. D’autres intervenants n’ont pas mâché leurs mots. « C’est à croire qu’il existe un gros fossé entre ce qui se décide au niveau de la direction générale de la CNMA et celui des Caisses régionales. Nous avons à faire à des administrateurs qui affichent leur désintérêt à notre besoin d’en savoir un plus sur les conditions de souscriptions d’assurances et sur les cas de sinistres qui ne sont pas indemnisés », a déploré un membre du conseil interprofessionnel de la filière tomate industrielle de la région de Guelma. Notons que des intervenants considèrent que le système assurantiel en place est resté classique et ne présente sur le marché qu’une minorité de produits qui couvrent une partie très minime des risques agricoles. D’autres admettent que la CNMA n’a eu de cesse de mettre en place de nouveaux produits « mais à quoi cela peut servir si l’agriculteur n’a pas cette culture de prévoyance et pis encore, rejette toute idée d’assurance », a lâché un intervenant. Un autre abondant dans ce sens précisera : « Le rejet est surtout observable chez les petits exploitants. Or ces derniers représentent la grande majorité des agriculteurs qui activent sur de petites parcelles, entre 1 et 5 hectares. De ce fait, ces derniers ne se sentent pas en besoin d’assurer leur production d’autant qu’elle est irrégulière. Et à partir du moment où ces parcelles représentent 70% des exploitations recensées, il n’y a plus lieu de s’étonner sur le pourquoi du faible taux de souscription dans le secteur. » Finalement, le débat s’est terminé sur l’intérêt de mettre en place des mesures incitatives. Comme il a été avancé que la contribution de l’Etat peut se faire, entre autres, par la prise en charge d’une part des primes d’assurances à des taux étudiés et selon des critères déterminés.<