PAR MERIEM KACI et Hichem Laloui
Des porteurs du drapeau amazigh et des vendeurs de pin’s, mettant en avant la révolution pacifique et ses mots d’ordre, arrêtés au cours du 19e vendredi de marche populaire, seront présentés aujourd’hui devant le Tribunal de Sidi M’hamed, à Alger, apprend-on auprès du collectif des avocats pour le changement et la dignité, irrité par une telle évolution. La même source nous précisera qu’ils sont huit interpelés, puis mis en garde à vue, avant leur présentation devant le Procureur de la République.
« Aucun avocat n’a eu pour l’instant accès aux procès-verbal et aux dépositions des prévenus », souligne un avocat membre du collectif, qui a répondu à la demande des familles d’assurer la défense des détenus.
« La justice s’appuiera sur l’article 79 du code pénal pour leur reprocher une « atteinte à l’intégrité du territoire », selon un avocat du collectif. Toutefois, le collectif dit ignorer « si le Parquet va retenir le grief de « commerce informel » contre les vendeurs ambulants, alors que de l’avis des observateurs, leur arrestation n’est motivée que par la chasse engagée contre tous ceux qui portent dans leurs mains une chose aux couleurs de l’emblème identitaire amazigh, même s’il s’agit d’un simple pin’s ou broche », ajoute notre source. D’ailleurs, les vêtements des manifestants étaient ornés de pins’s aux couleurs de l’étendard berbère et d’autres sur lesquels est transcrit en caractère latin « imazighen ». Dans tous les cas, selon les militants associatifs, il s’agit d’une « grave dérive » qui « peut avoir pour effet une radicalisation des personnes ciblées par cette manœuvre sournoise ».
Parmi la dizaine de manifestants arrêtés, une élue du RCD à l’APW de Tizi-Ouzou, Samira Messouci. Selon une source interne au RCD, le nombre de militants de ce parti à être interpellés, vendredi, était de 13 militants.
11 d’entre eux ont été finalement relâchés, tandis que deux autres devraient être présentés devant le procureur aujourd’hui. Aux côtés de ces deux militants maintenus en garde-à-vue, on dénombre aussi l’interpellation de plusieurs autres militants, dont même la Ligue de défense des droits de l’homme n’a pas donné le chiffre exact. En réaction à ces arrestations, l’Assemblée populaire de la wilaya (APW) de Tizi Ouzou a appelé à la libération immédiate des détenus, dont Samira Messouci, membre de cette assemblée.
« Nous condamnons avec la plus grande fermeté l’arrestation arbitraire de plusieurs manifestants, dont Samira Messouci, élue à l’APW de Tizi Ouzou», écrivent les élus dans un communiqué, ajoutant que l’APW de Tizi-Ouzou, institution populaire, «s’est engagée aux côtés des Algériennes et des Algériens dans leur mobilisation pacifique et exemplaire pour la reconquête de leur droit à l’autodétermination, depuis le 22 février ». « Elle est déterminée à soutenir la lutte du peuple jusqu’à l’avènement d’une deuxième République et d’un Etat de droit dans notre pays», conclut la même source.<