Reporters : Cela fait quatre ans que vous êtes ambassadeur d’Algérie à Belgrade, pouvez-vous nous faire un bilan sur votre présence ici ?
Abdelhamid Chebchoub : Dès mon arrivée en Serbie, nous travaillons à l’ambassade à relancer les relations entre les deux pays. L’amitié entre eux existe depuis l’ex-Yougoslavie, par le soutien à notre guerre de libération nationale puis par la nature de nos positions communes en matière de non-alignement. Même si le mouvement des Non-alignés n’est plus celui des années 1970, ses principes de base sont un peu le fondement de la politique extérieure de l’Algérie et de la Serbie. Ce sont ces principes ainsi que les intérêts communs qui nous incitent à relancer ainsi qu’à renforcer le bilatéral algéro-serbe par la multiplication des visites et des contacts entre les responsables politiques des deux pays. J’ai d’ailleurs réussi à organiser une visite officielle, en 2016, du Président de la Serbie, qui était une première dans l’histoire des deux pays depuis Tito. Lors de cette visite qui a permis de revoir tous les engagements rendus caducs par la disparition de l’ex-Yougoslavie, il y a eu des accords qui ont été signés et finalisés, dont un accord sur les relations entre les instituts diplomatiques des deux pays et un accord en matière de jeunesse et des sports. Nous avons également ratifié d’autres accords qui ont été finalisés par des échanges, nous devions tenir une commission mixte à Alger en 2017. Malheureusement, pour des raisons de calendrier, elle a été reportée à plusieurs reprises. On prévoit de la tenir avant la fin de cette année si les conditions le permettent, car plusieurs accords sont déjà prêts dans plusieurs domaines, en matière de technologie de la communication, de justice ou d’entraide judiciaire et de lutte contre le terrorisme et le crime organisé. Ces accords sont finalisés, il nous reste à fixer la date de la tenue de cette commission mixte pour pouvoir les signer.

En ce qui concerne le volet commercial, y a-t-il des projets concrets entre les deux pays ?
Sur le plan commercial, l’ambassade d’Algérie à Belgrade essaye d’intéresser les opérateurs économiques algériens et serbes pour que l’Algérie puisse exporter des produits comme les dattes ou autres. Malheureusement, il n’y a pas eu de réaction de nos opérateurs économiques car ils considèrent le marché trop petit et, également, comme, il n’y a pas eu de ligne directe, ni aérienne ni maritime, le coût peut être élevé. Mais nous sommes en train d’étudier toutes les possibilités. J’ai aussi personnellement initié une opération d’exportation du côté serbe vers l’Algérie, car en matière agricole, ils sont bien développés. Ce sont des petites opérations, qui ne sont pas très importantes, mais je pense que nous pouvons les renforcer et les densifier. Par ailleurs, la réglementation en Algérie a changé en matière d’importation, ce qui fait, qu’il n’y a pas eu vraiment d’opérations d’exportations importantes, étant donné que nous avons voulu en Algérie encourager la production locale.
Du côté des échanges parlementaires, des députés sont venus ici rencontrer leurs homologues serbes et des parlementaires serbes sont aussi partis en Algérie. J’ai pu également organiser la visite de la présidente de l’Assemblé nationale serbe Maya Goycovic en Algérie. Il y a aussi un groupe d’amitié qui a été constitué aux l’Assemblé nationale respectives des deux pays et qui sont en contact. De même, il existe une coopération entre les deux ministères de la Défense. Nous avons reçu également la visite de l’ex-ministre des Affaires étrangères Abdelkader Messahel, au mois de mars 2018. C’était une visite politique importante car il n’y avait pas eu de contact depuis longtemps entre les deux pays. Et aujourd’hui, nous avons aussi des projets de consultation politique entre les deux ministères des Affaires étrangères pour examiner les questions d’ordre international. Mais, il reste beaucoup de choses à accomplir surtout pour nos opérateurs. Ils doivent s’intéresser à la Serbie, car à partir de la Serbie, on peut s’intéresser à toutes les régions des Balkans. Même, si le marché de la Serbie n’est pas important, car ils sont sept millions d’habitants, mais nos opérateurs doivent voir plus grand.

Cela fait trois ans que la ligne aérienne directe entre les deux pays a été résiliée alors que la Tunisie dispose toujours de cette ligne. Pensez-vous que cela pourrait avoir un impact sérieux sur les échanges économiques entre les deux pays ?
La Tunisie et l’Egypte sont des destinations touristiques, d’où l’existence de ces lignes aériennes directes. Nous, aussi, nous pouvons l’être, j’ai essayé dans ce domaine d’intéresser les Serbes à la destination Algérie, en organisant une journée sur le tourisme où on a exposé toutes les potentialités du pays. Bien sûr, nous avons, comme vous dites, cette difficulté d’une ligne directe qui facilitera les échanges. Dans ce cadre, j’ai pris contact dès mon arrivée avec la compagnie Air-Algérie pour une ouverture d’une ligne aérienne directe. Je pense qu’elle peut être rentable. Mais, bien sûr, les compagnies aériennes ont d’autres contraintes. J’ai demandé qu’ils puissent étudier la faisabilité de la chose, car elle peut être juste une escale à une autre destination. J’ai suggéré qu’elle puisse être une ligne Alger, Belgrade, Madrid, car nous n’avons pas une ligne directe de Belgrade à Madrid. C’est une occasion à exploiter, en organisant les connexions en adaptant le programme d’Air-Algérie vers l’Afrique de l’Ouest. Cela peut aider et encourager le tourisme de la part de la communauté algérienne qui réside ici, des Serbes qui s’intéressent à l’Algérie et aussi pour la Bosnie. Car c’est notre ambassade qui leur délivre les visas, c’est plus facile pour eux de venir à Belgrade pour partir en Algérie.

Combien de visas octroyez-vous par an ?
Cela dépend des années, mais cela avoisine à peu près les 200 visas par an, pour la plupart se sont des visas de représentants qui travaillent en Algérie. Comme vous le savez, il n’y a pas beaucoup de touristes qui vont en Algérie. Nous essayons par ailleurs de les intéresser avec des campagnes, mais pour ouvrir le pays au tourisme, il faut que l’Algérie puisse mettre également à la disposition du touriste toutes les conditions et le confort comme le font nos voisins et surtout être compétitif sur le plan des prix. Car le touriste voit cet aspect et c’est lui qui peut faire après de la publicité auprès de ses concitoyens. C’est à nos opérateurs économiques et touristiques de faire l’effort nécessaire, nous, les ambassades nous faisons le maximum.

Sur le plan économique, vous avez évoqué des opportunités d’échanges commerciaux, à votre avis, quels sont les marchés qui peuvent être encouragés ?
Je crois que l’Algérie a des potentialités importantes. La Serbie a un climat continental avec un hiver très rigoureux. Nous avons, pour lui, des produits agricoles qui peuvent être disponibles toute l’année sur ses marchés. L’Algérie peut les exporter, y compris vers les autres pays de la région. Les dattes algériennes, qui ont un grand succès en termes de qualité, sont malheureusement chères et ne sont pas accessibles sur les circuits de large consommation. Ici, en Serbie, il y a la datte tunisienne et même iranienne qui sont d’une qualité inférieure, mais plus accessible en termes de prix. Nous avons organisé avec la Chambre de commerce algérienne une rencontre en 2017. J’ai pris toutes les dispositions pour que cette rencontre ait lieu mais à la dernière minute, la Chambre de commerce algérienne a dit que ce n’était pas possible de venir à Belgrade. Peut-être qu’ils ont d’autres régions à cibler et peut-être que la Serbie n’a pas l’attrait nécessaire sur le plan commercial, selon leur point de vue. Mais je pense qu’il faut d’abord venir, voir et prospecter avant de prendre une décision. Le rôle de l’ambassade est d’informer et de communiquer des informations sur le marché et les produits qui peuvent être commercialisés mais l’ambassade n’est pas un commerçant. Ce n’est pas à nous de vendre le produit mais plutôt de vendre l’image de l’Algérie, le produit doit s’imposer de lui-même et être un produit de qualité et compétitif sur le plan des prix.