Hier, les Algériens ont commémoré le 27e anniversaire de l’assassinat du Président du Haut-comité d’Etat (HCE) Mohamed Boudiaf par un élément de sa garde rapprochée dans une salle de cinéma dans la ville de Annaba. Chef historique et opposant au régime politique entre 1962 et 1992, Si Tayeb El Watani, comme l’appelaient ses compagnons de lutte pendant la guerre de libération nationale, restera un nom gravé dans la mémoire collective des Algériens.
Il incarnait pour la majorité d’entre eux l’espoir et la rupture avec le système qui a pris le pouvoir par les armes en été 1962. Sa disparition tragique devant les caméras de télévision a aggravé la crise politique et fait plonger le pays dans un bain de sang.
Vingt-sept années se sont écoulées depuis sa mort, Mohamed Boudiaf demeure présent dans les esprits comme l’attestent les pancartes, les portraits et les banderoles rappelant son combat et exigeant la vérité sur son assassinat brandis par de nombreux manifestants vendredi dernier à Alger, mais aussi dans d’autres wilayas du pays.
Avocat et ex-président de la Ligue algérienne pour les droits de l’Homme (LADH), Maître Boudjema Ghechir se souvient encore du jour de l’assassinat de l’espoir. « C’est triste de voir le président de l’Etat, un homme historique, assassiné en direct devant les caméras de télévision », dit-il avec regret. « Je me souviens toujours de ces images. C’est un événement tragiques qui restera gravé dans l’Histoire de l’Algérie indépendante. Ce n’est pas facile pour le peuple d’oublier ce qui s’est passé un 29 juin 1992 dans la ville de Annaba », ajoute-t-il. A une question sur les circonstances dans lesquelles ce crime crapuleux s’est déroulé, il dira que la version officielle présente l’un de ses gardes de corps comme responsable du meurtre. « Selon la version officielle, il a été assassiné par l’un des éléments de sa garde rapprochée », affirme-t-il. Selon toujours la version officielle, le présumé assassin a agi tout seul. En d’autres termes, il s’agit d’un acte isolé et non d’un assassinat politique. Une thèse que beaucoup d’observateurs politiques et membres de la famille du défunt rejettent dans le fond et dans la forme.
Le premier à remettre en cause la crédibilité de la version officielle est le fils du défunt, Nacer, qui continue à militer pour connaître la vérité sur la mort de son père. Une remise en cause soutenue également par le compagnon de lutte de Boudiaf, le fondateur du Front des forces socialistes (FFS), le défunt Hocine Aït Ahmed.
Interrogé sur cette polémique, Ghechir dira qu’il ne pourra pas commenter l’enquête menée par la justice, à l’époque, mais souhaite que la revendication de la famille du défunt, relative à la réouverture du dossier de l’assassinat de Mohamed Boudiaf, soit prise en charge. « Il est légitime que la famille de Mohamed Boudiaf demande une autre enquête pour connaître la vérité sur cet assassinat », dit-il. Toutefois, il estime que le moment n’est pas opportun pour mettre sur la table cette question. « La conjoncture actuelle dans le pays ne permet pas d’ouvrir ce dossier», estime-t-il. Pour lui, c’est au futur Président de la République, démocratiquement élu, qu’il revient le dernier mot sur la réouverture de l’affaire Mohamed Boudiaf. « Je ne pense pas qu’il est possible d’ouvrir ce dossier dans les circonstances actuelles », dit-il. Il précise : « Il faut qu’il y ait une véritable volonté politique des pouvoirs publics pour que la justice rouvre ce dossier. » Toujours sur cette possibilité, il dira que la tâche ne sera pas facile vu que beaucoup d’indices sont effacés. « 27 ans après le crime beaucoup de choses ont changé. Des témoins sont morts et des traces sont effacées », souligne-t-il. Pour rappel, l’assassin de Boudiaf a été condamné à mort par le Tribunal militaire de Blida. Une condamnation qui n’a pas été suivie par l’exécution puisque l’Algérie a arrêté l’application de la peine de mort en 1993. Il est toujours en prison.