Le Gouvernement d’union nationale (GNA) en Libye a infligé une lourde perte aux troupes de Khalifa Haftar en reprenant la ville stratégique de Gharyan, à 100 km au sud-ouest de Tripoli, exprimant toutefois son étonnement quant au «silence» de l’Union africaine (UA) face aux agressions contre la capitale libyenne.

A la suite d’intenses combats mercredi, Gharyan est désormais sous le «contrôle total» des forces du GNA, selon leur porte-parole Moustafa al-Mejii qui a fait état de plus de 18 prisonniers et de dizaines de morts dans le camp de Haftar, général à la retraite qui tente de s’emparer depuis début avril de la capitale Tripoli. D’après Mohamed Eljarh, analyste libyen, «perdre Gharyan signifie perdre le centre principal des opérations, des mois d’approvisionnement, un hôpital de campagne et des équipements important pour les opérations» des forces pro-Haftar. Selon lui, la reprise de la ville par les pro-Haftar sera «une tâche très difficile» tandis que le porte-parole des forces du GNA s’est félicité d’une «victoire importante» sur le plan stratégique et moral, affirmant s’attendre à un «effondrement» des forces de Haftar. Les forces du GNA ont indiqué avoir bien préparé l’opération pour reprendre la ville de Gharyan «en moins de 24 heures», en s’appuyant sur une «rébellion de l’intérieur de la ville» et des raids aériens. De son côté, un «porte-parole» des troupes de Khalifa Haftar a accusé des «cellules dormantes» d’avoir facilité l’entrée des troupes dans cette ville, tombée aux mains de Haftar le 2 avril, soit deux jours avant le lancement par ce général à la retraite des agressions sur la capitale libyenne où est basé le GNA, reconnu par la communauté internationale. Les troupes de Haftar sont bloquées depuis près de trois mois aux portes de la capitale, barrées par les forces loyales au GNA qui avaient annoncé une contre-offensive et affiché leur détermination à sécuriser Tripoli où les combats avaient fait depuis début avril, plus de 700 morts et 4.000 blessés ainsi que près de 100.000 déplacés, selon les estimations de l’ONU.
L’UA appelée à «agir» face à l’agresseur
S’exprimant à Brazzaville sur la situation en Libye notamment à Tripoli, le président du Conseil présidentiel du GNA, Fayez al-Sarraj a déploré le silence de l’Union africaine (UA). «Il est surprenant que la capitale africaine soit bombardée (Tripoli) et que l’Union africaine reste silencieuse, sans prendre fermement position contre l’agresseur», a-t-il déclaré lors d’une rencontre avec le président congolais Denis Sassou Nguesso. M. al-Sarraj a, à cet effet, appelé le Comité de haut niveau de l’Union africaine, présidé par le président du Congo, à agir pour «rectifier» sa position sur la situation actuelle en Libye. «Nous avons parlé du comité de haut niveau de l’Union africaine que dirige Sassou N’Guesso et des accords pour la résolution politique de la crise libyenne afin d’arrêter les forces qui attaquent la Libye», a en outre indiqué le président du GNA avant d’ajouter: «le président Sassou N’Guesso est confiant et nous apporte son aide pour la sortie de crise. Nous sommes également confiants de la position de l’Union africaine pour qu’elle œuvre dans le même sens». Fayez al-Sarraj a aussi souligné la place que son pays est appelé à prendre aux côtés d’autres nations s’il recouvre la tranquillité: «La Libye a un rôle très important en Afrique et si Dieu le veut, notre pays reprendra la place qui était la sienne avant», a-t-il dit. Pour sa part, le président du Congo a salué les efforts d’al-Sarraj et son initiative pour mettre fin au conflit en Libye, ajoutant qu’il n’y avait pas de solution militaire à la crise libyenne et qu’il était nécessaire de retourner sur la voie de la solution politique. Mi-juin, Fayez al-Sarraj avait fait part d’une initiative politique en vue de sortir le pays de la crise préconisant la tenue d’élections avant la fin de l’année en cours. «Partant de ma responsabilité nationale et malgré l’offensive brutale que nous continuerons à repousser (…) et à vaincre, je présente aujourd’hui une initiative politique pour une sortie de crise», avait-il annoncé. Cette initiative prévoit également la tenue simultanée d’élections présidentielle et législatives avant fin 2019, sans annoncer de calendrier. En attendant, la population libyenne continue de souffrir en particulier à Tripoli à cause des combats et de la canicule qui ont aggravé davantage la pénurie d’électricité dans la capitale avec des coupures de plus de douze heures par jour, selon des médias. Cette pénurie énergétique provoque quotidiennement de graves perturbations des réseaux de téléphonie mobile et d’internet et affecte également l’approvisionnement en eau et en carburant, notamment dans l’ouest, la région la plus peuplée du pays. Mercredi, la Compagnie nationale d’électricité (Gecol) a dénoncé des actes d’agression contre ses employés par des gens mécontents pour les contraindre à rétablir l’électricité dans certains quartiers. «Ces agressions empêchent un rationnement équitable (…) et peuvent provoquer une panne totale», a mis en garde la compagnie dans un communiqué qui appelle régulièrement les citoyens à «rationaliser leur consommation», notamment les commerçants. La Libye fait face à une pénurie chronique d’électricité depuis le début du conflit en 2011, en particulier durant les pics de consommation en hiver et en été. Ce pays pétrolier produit autour de 6.000 mégawatts, avec un déficit de plus de 1.000 MW lors du pic estival, selon la Gecol. Le déficit s’est aggravé après des dégâts provoqués par les combats au sud de Tripoli opposant les troupes de Haftar aux forces loyales au GNA.
(APS)