Les initiatives pour une sortie de crise du pays deviennent plus visibles et avec, elles, des nuances, voire des divergences, alors que tout le monde s’accorde sur le fait que la contestation populaire pacifique entamée depuis le 22 février dernier est un moment salutaire pour le pays et la nécessité, pour les Algériens, de renouer avec le projet de démocratisation à l’ordre du jour depuis des décennies mais à chaque fois entravé.

Pour l’heure, deux courants de l’opposition émergent. Entre eux, une discordance de taille subsiste et elle porte sur l’option de l’élection présidentielle comme sortie de crise possible. Le premier courant, celui des démocrates, qui réunit sous l’appellation des Forces de l’alternative démocratique plusieurs partis (FFS, RCD, MDS, PT, PLD, PST, UCP, ainsi que la LADDH), se dit favorable à une période de transition précédant l’élection présidentielle. Le second, composé également de plusieurs partis, dont Talaie El Hourriet, FJD, Ahd 45 et Fajr Jadid, plaide, pour sa part, pour une élection présidentielle sans passer par une période de transition.
C’est d’ailleurs la position du pouvoir actuel incarné par le commandement militaire et qui n’a eu de cesse de le réitérer dans tous les discours de son chef d’Etat-major, à chacune de ses sorties sur le terrain. Le chef de l’Etat Abdelkader Bensalah s’est réuni, à ce propos, mardi dernier, avec son Premier ministre Noureddine Bedoui et la discussion a tourné justement autour de «la relance du processus électoral» et des «conditions et mécanismes devant accompagner» ce processus. Ce qui laisse entrevoir que le pouvoir actuel maintient sa feuille de route initiale d’aller vers une élection présidentielle «le plus tôt possible».
Mais il convient de relever que le courant des partis favorables à une présidentielle sans passer par une période de transition ne veut pas aller à l’élection avec Bensalah à la tête de l’Etat et Bedoui comme Premier ministre. Pour eux, c’est un préalable sur lequel ils ont déjà affirmé qu’ils ne comptaient pas céder, car ces deux personnages, ont-ils argumenté, ne peuvent pas être garants de la tenue d’une présidentielle dans les conditions de transparence exigée. L’option d’une élection présidentielle avec ces deux hauts responsables en poste est, par ailleurs, catégoriquement rejetée par le mouvement populaire qui appelle, depuis février dernier, à un changement total du système et qui voit, lui aussi, en ces personnages, des symboles du système. Des observateurs ont laissé entendre que les partis réunis sous le nom du Front du changement (FC), qui tiendra une conférence nationale de dialogue le 6 juillet prochain pour décliner sa feuille de route, sont contre la période de transition car certains de leurs chefs nourrissent des ambitions présidentielles. Le coordonnateur de la conférence nationale de dialogue n’est autre que l’ancien ministre et diplomate Abdelaziz Rahabi. Celui-ci a fait savoir qu’outre les partis du FC, la conférence de dialogue est une initiative lancée également par des syndicats, des acteurs de la société civile, des universitaires, des chefs d’entreprises et des collectifs de jeunes soucieux de favoriser l’émergence d’un consensus autour de la nécessité de sortir de la crise par la voie du dialogue. Cette initiative de Rahabi de jouer au coordonnateur est, cependant, regardée avec suspicion par certains, car considérée comme «jouant le jeu du pouvoir» pour faire la promotion de la «feuille de route de l’Armée», ce à quoi Rahabi a réagi en se défendant. «Ma mission consiste, comme je l’ai fait lors de la réunion de Mazafran 2 en 2015, à coordonner et animer le projet inclusif et dont le seul objectif est d’assurer une large participation à l’effort de sortie de crise», a répondu M. Rahabi à la presse, en marge de la conférence de dialogue et de concertation organisée mercredi dernier par les Forces de l’alternative démocratique et à laquelle il était invité.

Seul le «dialogue» fait consensus, mais…
L’initiative des démocrates, rappelle-t-on, se résume en trois points : appel au pouvoir à créer un climat propice au dialogue, aller à ce dialogue et, enfin, aller à la transition. Ce dernier point est motivé par le fait que les Algériens, dans leur ensemble, veulent un changement total du système décrié, ce qui ne saurait se réaliser sans des changements sans lesquels toute initiative ne ferait que «régénérer ce même système». C’est d’ailleurs cette question cruciale qui motive l’appel des Forces de l’alternative démocratique à une période de transition au cours de laquelle devraient être revues les lois électorale, sur les partis et les associations, ainsi que la Constitution, cette dernière étant déjà qualifiée par tous d’«arme redoutable entre les mains de n’importe quel président». De même que l’initiative des démocrates souligne la libération de tous les détenus d’opinion, à commencer par la secrétaire générale du PT Louisa Hanoune, en prison depuis le début de mai dernier. Ce sont des chantiers d’une importance capitale pour ouvrir une nouvelle page de l’histoire de l’Algérie. Dans le sillage des initiatives des uns et des autres, soit de toutes les composantes de la société, il y a lieu de retenir que «le collectif des dynamiques de la société civile représentant 28 organisations syndicales, organisations de la société civile et universitaires, a déjà organisé une conférence le 15 juin dernier et plaidé, lui aussi, pour une période de transition. Actuellement, des divergences fondamentales persistent encore sur la voie de sortie de crise au vu des différentes initiatives, le seul point faisant le consensus étant celui d’aller vers le dialogue… mais sans Bensalah et sans Bedoui.