Jeudi soir, à la fin de rencontre au stade du 30 Juin, les Sénégalais, public et médias exprimaient leur dépit : décidément la bête noire a encore frappé. L’Algérie venait de battre le Sénégal l’un des favoris en puissance de cette 32e édition de la CAN. Et c’est là que la prouesse prend tout son sens. Surclasser le Sénégal venu dans cette CAN avec son armada de bons joueurs et considéré au départ par les observateurs comme un très probable champion au même titre que l’Egypte pays organisateur est une véritable performance.

En faisant tomber le Sénégal, les Verts adressent en tout cas après ses deux premières sorties un message aux autres prétendants au titre selon lequel il va falloir compter avec eux dans cette CAN. Avec cette victoire remarquable, l’équipe nationale d’Algérie se retrouve systématiquement dans la peau d’un prétendant que les grandes équipes de cette CAN vont prendre désormais en considération. Les camarades de Riyad Mahrez devraient néanmoins s’armer de concentration et prendre les prochains rendez-vous avec lucidité afin d’éviter la pression qui va aller nécessairement crescendo au fil de la compétition. Il est évident que le plus dur reste à faire. La prestation des Verts aura finalement séduit les observateurs ici présents au Caire, notamment parmi les représentants des médias égyptiens qui n’attendaient pas une telle réaction de la sélection algérienne. Le collectif, l’esprit de combativité, la qualité technique, l’Algérie aura produit de l’avis des présents au stade de la défense aérienne une prestation convaincante. Ils ont su subir lorsque les Sénégalais avaient la possession du ballon et su être efficaces au bon moment, rappelaient les commentateurs. Deux matchs de groupe et déjà autant de victoires, six points au compteur, il faut remonter probablement à la CAN 1990 pour trouver un aussi bon début de l’équipe nationale dans l’histoire algérienne avec la compétition panafricaine phare. Le public algérien quelques milliers de supporters qui se sont déplacés en terre des pharaons continue à subjuguer par sa chaleur, ses couleurs et son soutien durant les 90 minutes la sélection nationale. Ce qui a fait dire à un journaliste égyptien : « incroyable, ils n’ont pas cessé de pousser leur équipe durant toute la rencontre, c’est impressionnant ! ». A la fin de la rencontre et l’explosion de joie le nettoyage des gradins (probablement une vertu du Hirak) aura constitué également un autre spectacle pour le public venu nombreux voir cette affiche de la CAN. Ce début tonitruant des Verts, considérés aux départ, par la majorité des observateurs comme un simple outsider du groupe leurs donne un autre relief. Avec six points déjà l’Algérie a assuré sa qualification. Pas encore mathématiquement, mais l’on voit mal comment avec six points au compteur un scénario catastrophe serait envisageable notamment avec la possibilité dans ce tournoi de la qualification de quatre meilleurs troisièmes parmi les six groupes. La dernière rencontre face à la Tanzanie le 1er juillet prochain à 21h, heure égyptienne, aura pour importance d’assurer la tête du groupe.
 
« One, two, three, viva l’Algérie », entonnée sur la corniche du Nil
Juste après le coup de sifflet final les supporters algériens sont allés fêter bruyamment cette victoire prometteuse dans la ville du Caire, la cité qui ne dort pas la nuit. En petits groupes arborant le drapeau national et chantant les traditionnelles antiennes saupoudrées, fait nouveau, de slogans politiques, (situation plutôt cocasse dans un pays comme l’Egypte). Le public algérien est en train de devenir la galerie la plus sympathique de la CAN, adopté par les adeptes des grandes ambiances, nombreux dans la surpeuplée capitale égyptienne. Sur la légendaire corniche du Nil, là où les Cairotes vont chercher un peu de fraîcheur durant les nuits chaudes de ce mois de juin, les badauds ébahis par tant d’audace, demandent le résultat du match. Même si la querelle footballistique de 2010 s’est estompée, beaucoup d’Egyptiens rappellent souvent cet épisode triste lorsque l’Algérie les a privés de coupe du monde « alors qu’ils avaient l’une des meilleures équipes de l’histoire du football égyptien ». Des sourires, beaucoup de « mabrouk ! » fusent sur le passage des groupes d’Algériens. Mais aussi des saillies : « cette CAN vous l’aurez dans vos rêves, ici c’est l’Egypte ! ». Les supporters algériens insoucieux, ont continué à faire la fête jusque tard dans cette nuit interminable du Caire. En attendant la suite d’une CAN qui commence visiblement à devenir captivante.