Comme en 2013, le lac d’Oum Ghellaz est le théâtre de mort et de désolation. Comme il y a six ans, le spectacle de milliers de poissons sans vie, le ventre en l’air à la surface d’une eau polluée, sur un site écologique de première importance dans cette plaine oranaise «bouffée» par le béton et les sites industriels implantés sans respect pour le milieu naturel.

C’est dans ce contexte que la ministre de l’Environnement et des Energies renouvelables, Fatma Zohra Zerouati, qui n’avait pas assez de mots pour dénoncer la catastrophe, s’est déplacée sur les lieux. Sur place, jeudi dernier, dans la commune de Oued Tlélat, elle a qualifié d’«inadmissible» le désastre survenu dans cette zone humide. L’instruction qu’elle a donnée aux responsables locaux est de prendre les mesures nécessaires pour que «tous les rejets vers le lac soient stoppés immédiatement». Vraiment ? Il sera jugé sur pièce, nous dira un militant associatif qui «déplore que la nature soit assassinée tous les jours sans que personne ne bouge dans ce pays».
Dans un aveu pour le moins surprenant quand il vient d’un responsable gouvernemental, la ministre de l’Environnement a, elle-même, reconnu que le lac Oum Ghellaz est devenu, ces dernières années, un réceptacle de tous les rejets, notamment ceux provenant du pôle urbain de Oued Tlelat et de sa zone d’activités. Elle a annoncé son intention de «classer» le site ainsi que les autres zones humides dans «l’une des catégories d’aires protégées». A l’annonce de la catastrophe, une «commission locale», composée du président de l’APC de Oued Tlelat et de représentants des directions de wilaya des différents secteurs concernés, s’est déplacée sur les lieux. Le lendemain, 25 juin 2019, le ministère a dépêché une équipe pluridisciplinaire composée d’inspecteurs, d’experts en biologie, d’un chercheur algérien volontaire de renommée internationale, ainsi que de cadres des organismes sous tutelle, à savoir l’Observatoire national de l’environnement et du développement durable et le Commissariat national du littoral. Un premier constat sur les lieux a révélé que la première cause de la catastrophe, selon les conclusions des experts, de la mort des poissons, est «l’asphyxie due à une très faible concentration d’oxygène dissous dans l’eau». Et en attendant de compléter les investigations scientifiques, qui nécessitent de deux à cinq jours, des analyses physico-chimiques ont été effectuées ainsi qu’une prise d’échantillons de poissons pour examen, il sera procéder à l’enlèvement et l’enfouissement des poissons morts, l’organisation de visites de contrôle des unités industrielles environnantes de Oued Tlelat et à la vérification de leurs rejets. Fatma Zohra Zerouati s’est ensuite rendue au lac Telamine, près de Gdyel, où le même constat sur les rejets des eaux usées a été fait, rendant nécessaire la réalisation d’une station de traitement des eaux usées en amont.