Les familles des sept moines de Tibhirine, assassinés en Algérie en 1996, ont sollicité auprès des juges d’instruction parisiens l’audition du président déchu algérien Abdelaziz Bouteflika et d’un ancien chef des services de renseignement, a appris hier vendredi, l’AFP auprès de leur avocat.
Dans une lettre datée du 21 juin, consultée par l’AFP, l’avocat des familles qui se sont portées parties civiles, Maître Patrick Baudouin, s’appuie sur «l’évolution de la situation politique en Algérie » pour demander aux magistrats de délivrer une nouvelle commission rogatoire internationale afin que M. Bouteflika, «sous réserve que son état de santé le permette », et le général Mohamed Mediene puissent être entendus « le plus rapidement possible ».
Dans son courrier, M. Baudouin souligne que « le défaut de coopération de la part des autorités algériennes n’a pas permis jusqu’à présent de recueillir tous les éléments d’information nécessaires sur les conditions de l’enlèvement, de la détention et de l’exécution des moines de Tibehirine», notamment sur «les actions des services de renseignement et de sécurité». Selon l’avocat, M. Bouteflika avait déclaré, en avril 2004 sur LCI, que « toute vérité (n’était) pas bonne à dire à chaud ». Les sept moines de l’ordre cistercien de la Stricte observance avaient été enlevés, dans la nuit du 26 au 27 mars 1996, dans leur monastère de Notre-Dame de l’Atlas, sur les hauteurs de Médéa. La première revendication de l’enlèvement des moines, signée du chef du GIA Djamel Zitouni, était tombée un mois plus tard, le 26 avril. Puis, de nouveau un mois après, un communiqué affirmait que les moines trappistes avaient été tués le 21 mai, la gorge tranchée. Seules les têtes avaient été retrouvées sur une route, le 30 mai.
Un rapport d’experts, rendu en février 2018, avait renforcé les doutes sur la thèse officielle avancée à l’époque par Alger, jugeant alors « plausible» l’hypothèse de décès survenus bien avant la date officielle de leur mort.