Après les protestations des habitants de Tinerkouk, qui ont eu lieu en mai dernier et qui ont viré à l’affrontement entre les protestataires et les forces anti-émeutes, faisant des dizaines de blessés, le mouvement a repris de plus belle. Tous les axes menant vers trois complexes gaziers, implantés dans la région, ont été fermés à la circulation dans les deux sens par les jeunes chômeurs en colère.

En effet, depuis plus d’une semaine, les demandeurs d’emploi de la wilaya d’Adrar protestent en bloquant tous les chemins menant aux groupes gaziers implantés dans la région, pour dénoncer les inégalités et la discrimination dont ils sont victimes. Ils dénoncent surtout l’abus et les dépassements dans les procédures de recrutement au niveau des sociétés pétrolières au niveau local. Les chômeurs ont procédé donc au blocage de toutes les entrées qui conduisent aux groupes gaziers de Timimoune (GTIM), de Oued Zine et de Régane ainsi que l’entrée/sortie des nouveaux complexes gaziers à Tinerkouk pour exprimer leur ras-le-bol et leur colère contre le laxisme et la mauvaise gestion des autorités locales notamment du dossier de l’emploi et de recrutement.
Une situation devenue inadmissible, notamment face aux flux des jeunes venant du Nord qui sont recrutés dans ces sites pétroliers, sous les regards de tous les habitants, alors qu’eux sont ignorés. C’est donc le message que les autorités locales et les responsables centraux de Sonatrach ont saisi et, depuis quelques jours, ils accentuent tous les efforts pour maîtriser la situation et éviter tout dérapage.
Le non-affichage des offres d’emploi dans les agences de l’emploi d’Adrar, les recrutements sous la table et par téléphone sont reconnus chez les habitants locaux, qui voient de leurs propres yeux les flux de nouveaux travailleurs étrangers à la région, sac-à-dos et bagages à main et se dirigeant vers les groupes gaziers tous les quatre mois. Selon les protestataires avec lesquels nous nous sommes entretenu, le groupement Touat Gaz à Oued Zine, 30 km au sud d’Adrar, à lui seul compte pas moins de 4 000 salariés « permanents », sans compter les postes de sous-traitances et les contrats à durée déterminée. Selon ces derniers, environ 10% seulement des employés sont des jeunes de la région (environ 900). Un nombre très minime par rapport au nombre important de demandeurs d’emploi qu’enregistre la wilaya.
C’est pourquoi les protestataires ont appelé, cette fois, à virer tous les employés recrutés par cooptation, passe-droit ou piston. Ils appellent également à l’application de la décision stipulant le recrutement de 70% de jeunes de la région.

129 postes pour faire taire les chômeurs
Pour apaiser les tensions, le wali d’Adrar Hamou Bekouche, par une décision officielle, a ordonné le recrutement immédiat de plusieurs dizaines de jeunes chômeurs de la région. Selon ce dernier, et dans des déclarations à la presse, « le dossier de l’emploi est plein de mystères ». Certaines entreprises profitent, selon lui, des lacunes juridiques et imposent des conditions « paralysantes » et « absurdes » pour
« des fonctions simples comme le poste de gardien, jardinier et chauffeur pour lesquelles ces employeurs exigent un niveau d’éducation et une expérience de 10 ans et plus. Ce qui permet aux entreprises de justifier leur recours aux recrutements de la main-d’œuvre externe », a expliqué le wali.
Dans un communiqué de la wilaya d’Adrar, publié mercredi dernier, le wali s’est exprimé sur les protestations des chômeurs qui secouent la ville depuis plus d’une semaine et handicape l’activité des groupes gaziers de la région. L’accélération du rythme des protestations est due, selon ce responsable, à des échos et informations
« erronés » qui ont circulé sur les réseaux sociaux et qui remettaient en question les efforts déployés par les autorités locales pour résoudre le problème de l’emploi. Plusieurs réunions avec les parties concernées et des représentants des protestataires, menées depuis plusieurs jours, ont conduit à la prise de procédures et mesures urgentes, à savoir la mise en place d’une commission d’enquête comprenant des élus de l’Assemblée populaire de wilaya, la création de 129 postes pour recrutement immédiat, ainsi que l’ouverture des portes du dialogue entre protestataires, comités mixtes des différentes institutions et représentants centraux de Sonatrach et des groupes gaziers locaux.
Selon les données révélées dans le communiqué, 996 postes sont occupés par 595 employés non-résidents (hors d’Arar) face à 401 employés locaux dans le complexe gazier Hassi Baroudala, situé dans la commune de Timimoune. Pas loin, dans le complexe d’Oued Zine, mis en exploitation depuis février 2018, pas moins de 2 251 employés sont déjà installés, dont 1 095 jeunes de la région. Pour le complexe gazier de Regane, 1 123 employés dont 675 employés locaux.
Ces chiffres sont loin d’être réels, selon les protestataires, qui trouvent qu’ils ne représentent même pas la moitié des postes aux jeunes de la région, et disent qu’ils sont « gonflés ». « Le nombre des employés d’Adrar n’atteint pas les 100 par groupe, vous pouvez le vérifier », nous lance Messaoud, un jeune de 31 ans, au chômage depuis plus de 5 ans. Malgré les tentatives d’apaisement, la tension demeure vive et les protestataires sont déterminés à poursuivre leur mouvement jusqu’à satisfaction de leurs revendications.