Le groupe appelé «Forces de l’alternative démocratique», composé de sept partis politiques (FFS, RCD, PT, MDS, UCP, PST, PLD) et de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’Homme (LADDH), a tenu hier, au siège du RCD, la première conférence de dialogue et de concertation qui sert de prélude à l’organisation d’une rencontre nationale dans l’objectif de trouver une solution à la crise dans laquelle se débat le pays depuis février dernier.

Les chefs et les représentants de partis signataires de l’appel aux «forces de l’alternative démocratique» ont mis l’accent sur trois points majeurs. Ils estiment qu’avant toute chose, il faut qu’il y ait d’abord «des mesures d’apaisement pour créer un climat propice au dialogue», cette étape étant suivie, ensuite, par «le dialogue».
De même que les partis en question ont été unanimes à déclarer qu’il faudra passer par «une période de transition démocratique», cette dernière étant «une nécessité et non un choix». (Lire ci-dessous le texte intégral du Pacte politique pour une véritable transition démocratique).
Vu la situation exceptionnelle que vit le pays, ce groupe, qui est appelé à s’élargir, a décidé de s’unir en tant que «pôle démocratique pour une vision commune de sortie de crise», en dépassant les divergences, car «contraints, en tant que responsables politiques, de multiplier les efforts et d’engager un dialogue franc et fructueux devant aboutir à une solution», a déclaré le premier secrétaire du Front des forces socialistes, Hakim Belahcel.
Un avis qui est partagé par le président du RCD, Mohcine Belabas, qui estime que la sortie de crise nécessite «une période constitutive». «C’est le principe sur lequel il faut s’entendre, les mécanismes pourront être définis plus tard», a-t-il déclaré, après avoir noté que «l’Algérie profonde n’est pas en prison, mais encore active». Il en veut pour preuve «le fait que le FFS n’a pas pu obtenir d’autorisation pour la tenue de la conférence», «le traitement de l’information en relation avec le Hirak par les médias publics et certains médias privés», ainsi que «le comportement de certains partis politiques».
«L’Algérie profonde est encore active et nous sommes dans une situation de répression et de musellement pire qu’avant», a-t-il déploré, en insistant que «l’Algérie profonde est active depuis l’indépendance et pas seulement sous le règne de Bouteflika». «On a entendu dire que l’élection présidentielle devrait se tenir en octobre et que le corps électoral serait convoqué avant le 5 juillet. Nous disons non à une élection sans une bonne préparation, notamment par la mise en place d’une instance indépendante de préparation des élections et la satisfaction des préalables.»

«Libérer Louisa Hanoune et tous les détenus d’opinion»
Le parti des Travailleurs, représenté par Djelloul Djoudi, se dit également «contre la tenue d’une élection présidentielle dans les conditions actuelles qui permettent au système décrié de se régénérer». Mais comme préalable sur lequel le PT se dit intransigeant, c’est la libération de sa secrétaire générale, Louisa Hanoune, qui croupit «en prison depuis le 9 mai dernier pour ses positions politiques».
Il accuse solennellement «le chef d’état-major, Gaïd Salah, d’être à l’origine de son emprisonnement pour en faire un exemple puisque, ce n’est un secret pour personne, il se mêle de la politique». Dans cet ordre d’idées, l’ensemble des intervenants que sont maître Noureddine Benissad (représentant de la LADDH), Zoubida Assoul (présidente de l’UCP), Mahmoud Rechidi (secrétaire général du PST), Mustapha Hadni (coordonnateur du PLD), Fethi Ghares (coordinateur national du MDS) ont, par ailleurs, appelé à «une justice indépendante et non sélective», de même qu’ils ont mis comme préalable au dialogue «la libération de tous les détenus politiques, d’opinion, ainsi que des jeunes arrêtés et emprisonnés pour avoir brandi l’emblème amazigh». Le départ du gouvernement a également été cité comme préalable au dialogue par les intervenants qui ont, par la même occasion, averti contre «les tentatives d’intimidation et la politique de la carotte et du bâton menées par le pouvoir actuel».

«La transition, une nécessité pour construire un Etat de droit»
Se disant conscient que «les problèmes que rencontre le pays depuis l’indépendance, soit depuis 57 ans, ne peuvent pas être solutionnés en quatre mois, soit depuis le soulèvement pacifique du peuple qui, pour la première fois est en face-à-face direct avec le pouvoir réel», Me Benissad a souligné que «la transition démocratique n’est ni un danger ni un risque pour le pays, mais une nécessité pour construire un Etat de droit».
Fethi Ghares a, pour sa part, mis en garde contre «la contre-révolution qui est dans l’angle mort pour tenter de faire avorter le projet de société en marche», avant que Mustapha Hadni ne rappelle que «le pouvoir mise sur l’essoufflement de la contestation populaire pacifique pour se régénérer par la ruse». Notons que la rencontre, dont Ahmed Djeddaï était modérateur (avec chrono à la main pour une répartition équitable du temps alloué à chaque intervenant), a vu la présence de plusieurs associations de la société civile, dont Rassemblement Actions Jeunesse (RAJ), des représentants du Réseau Wassila, du réseau Nada, ainsi que des représentants de syndicats autonomes de la santé et de l’éducation nationale, en plus des personnalités telles que Mokrane Aït Larbi, Djamel Zenati, Nacer Djabi. Abdelaziz Rahabi était également présent en qualité de représentant et coordonnateur d’une autre initiative