Inquiétant. Le mot est sur toutes les bouches. Il renvoie bien évidemment au contexte politico-économique dans lequel se débat le pays. Pour la première fois, des patrons sont poursuivis et mis en détention provisoire pour corruption, après avoir bâti des groupes sur ce qu’offrait l’Etat comme marchés publics.

Depuis leur arrestation, leurs entreprises agonisent et foncent dans la crise, alors que la baisse de la commande publique, sous l’effet d’une crise financière patente, était déjà annonciatrice de l’avènement d’une période de vaches maigres.
Ces indicateurs à la fois politiques et économiques sont de nature à aggraver le coût social de la crise ; hausse du taux de chômage et érosion du pouvoir d’achat. Au chapitre de l’emploi, les préoccupations se font de plus en plus ressentir étant donné que la crise financière, combinée à l’incertitude qui plane au-dessus des groupes dont les patrons sont aux arrêts, fait craindre le pire. Il est vrai que la contribution des groupes comme ETRHB, Kougc et Tahkout à la croissance, à l’emploi et à la fiscalité est presque nulle, mais les craintes sur les emplois sont sérieuses et datent bien avant cette crise politique qui a conduit ces patrons droit vers la prison. Les tensions financières que traverse le pays depuis 2015 ont conduit les précédents gouvernements à couper dans les budgets d’équipement, suscitant ainsi de sérieuses craintes quant à l’avenir des entreprises se nourrissant essentiellement de la commande publique. Les chiffres sur l’évolution du taux de chômage durant ces dernières années sont significatifs d’une crise endémique et préjudiciable pour l’emploi. La hausse du chômage, qui affecte essentiellement les catégories jeunes (16-25 ans), avec, au tableau, un taux qui flirte dangereusement avec les 30%, pose un défi de taille pour un gouvernement qui semble prêt à tailler davantage dans le budget de l’équipement, maintenant que la décision de remettre la planche à billets dans ses cartons. Cela va aggraver davantage la situation au plan de l’emploi, alors que des entreprises employant des milliers de salariés broient du noir et menacent ruine. Cela ne fera que faire rebondir le taux de chômage, à l’heure où l’économie, en mal de diversification et de croissance, détruit plus d’emplois qu’elle en crée. Le taux de chômage en Algérie avait atteint 12,3% en avril 2017 contre 10,5% en septembre 2016. Cette hausse de 1,8% correspond à une population de 160 000 personnes en quête d’emploi, puisqu’en avril 2017, le nombre de la population active a atteint 12,277 millions de personnes contre 12,117 millions en septembre 2016. Le taux de chômage a, en revanche, baissé à 11,1% en avril 2018 contre 11,7% en septembre 2017, soit une baisse de 0,6 point entre les deux périodes, correspondant à 128 000 postes d’emplois créés. Le taux de chômage a néanmoins rebondi à 11,7% à septembre 2018, effaçant ainsi les 128 000 emplois créés entre avril et septembre de la même année. Cette arithmétique fait ressortir un nombre de 160 000 emplois détruits entre avril 2017 et septembre 2018, un chiffre qui contraste immensément avec le 1,7 million d’emplois que revendiquait le gouvernement Ouyahia dans sa déclaration de politique générale, présentée en février dernier devant les membres de la Chambre basse du Parlement. A ces emplois détruits durant avril 2017 et septembre 2018 s’ajouteront d’autres, alors que la croissance actuelle est insuffisante pour absorber le nombre de demandeurs d’emplois, actuellement dans les starting-blocks.
La décision de revenir sur le financement non conventionnel, alors qu’il permettait tant bien que mal de financer certains projets d’équipement, pourrait faire grimper davantage le taux de chômage, à l’heure où plusieurs entreprises sont en difficulté, tandis que que les contrecoups de l’impasse politique sur le moral des chefs d’entreprises sont plus qu’évidents.<