Dire qu’il fait chaud à Constantine depuis dimanche serait un doux euphémisme. Dire qu’il y a une canicule, le serait aussi. Car mettre une tête hors de chez soi est une entreprise hasardeuse tant le thermomètre prend de la hauteur. Depuis dimanche, donc, c’est 40° et plus si sorties en milieu de journée obligent.

Dans la voiture qui nous emmène à l’aéroport, il y a un bel 49° affiché sur le tableau de bord. C’est vrai qu’il était 14 H et que tout au long des 12 km qui séparent le chef-lieu de l’aérodrome nous avons relevé plusieurs voitures, capots en l’air, mais la température ressentie devait être plus importante. Le tramway qui passait sur une voie parallèle avait lui aussi improvisé une halte au milieu de nulle part. C’est vrai aussi que depuis la livraison de son extension vers la nouvelle ville Ali-Mendjeli, le fleuron des transports publics constantinois bat de l’aile : retard, arrêts intempestifs, vitesse à une allure d’escargot, bagarres, cohue, et insuffisance de l’énergie électrique. Tout un panel de problèmes que ne connaissait pas le tramway quand il se limitait aux murs de la ville de Constantine. De retour en ville, une virée s’est imposée aux urgences médicales du CHU. Pas plus de monde que d’habitude, ni de bobos spécifiques. Toujours la même saleté et un personnel bougon. Nous avons voulu savoir si les recommandations de la direction de la santé avaient une chance d’être appliquées, des recommandations en direction des personnes à risques, comme les enfants en bas âge et les personnes âgées. S’il y a bien un service de pédiatrie, celui de gériatrie se révèle un gros mot qu’il ne faut pas prononcer ici. « Nous bossons comme d’habitude, rien de spécial à signaler. Il y a eu quelques personnes incommodées par la chaleur, mais ce sont plus des insolations de saison que des coups de chaleur propres à ces jours caniculaires », nous dira un médecin, stéthoscope au cou, et qui s’en va déjà pour soulager un patient avec un gros traumatisme au crâne. Prenant notre courage à deux mains, direction le marché Boumezzou. Nous vous épargnerons le trajet en voiture dont la clim a choisi de se dévouer à la cause une autre fois, pour débarquer aux alentours du marché le plus fréquenté de Constantine. Les cageots à même le sol, en ce jour caniculaire, ne dérangent apparemment pas les policiers en faction qui empêchaient généralement les vendeurs à la sauvette de vaquer à leur trafic. Une entente tacite a vraisemblablement eu lieu entre la « houkouma » et les vendeurs de fruits et légumes « venus directement des vergers d’El Hamma », nous vante un jeune boutonneux qui se protège la tête avec un bob qui a connu des jours meilleurs.
Marché ardent et «civilisation des Arabes»
Au premier regard sur les figues proposées, nous avons l’impression que la marchandise venait plutôt de la décharge la plus proche. Qu’importe, nous bravons le souffle brûlant qui se dégageait de l’entrée du marché pour nous aventurer dans une véritable fournaise. Les vendeurs de poulets ont déjà plié bagages, la marchandise étant devenue aussi rare que les clients, étuve du marché oblige. Nous ressortons aussitôt pour tomber nez-à-nez avec des policiers qui ahanent, traînant des suspects, dont l’âge dépasse à peine la vingtaine, vers le Tribunal. Leurs amis qui lézardaient au soleil depuis la matinée se lèvent à l’unisson pour saluer les « héros » du jour et leur annoncer la condamnation qui les attend, tout ce beau monde étant déjà passé par les travées des tribunaux, se familiarisant avec les sentences qu’ils avaient subies, la plupart à plusieurs reprises. Plus haut, le quartier du Coudiat. Le quartier administratif et résidentiel qui avait une fraîcheur caractéristique, même avec une température caniculaire. Mais depuis la folie atmosphérique engendrée par celle des hommes, la chaleur y est tout autant pénible. Hocine, le propriétaire du mythique café « Le Royal », somnole derrière sa caisse, mais toujours un livre à la main. Cette fois, c’est l’excellent ouvrage de Gustave Le Bon, « La civilisation des Arabes ». En temps normal, il aurait lu un chapitre en presque une demi-journée, vu la cadence folle des clients. « Les jours de canicule, les congés, et les vacances scolaires, il n’y a pratiquement personne, tout le monde reste calfeutré chez soi », nous affirmera Hocine, le nez et les lunettes sur les lignes de l’ouvrage qu’il tient dans ses mains. Il est presque 19H. Il est temps de rentrer pour rédiger les lignes que vous lisez. Il est 19H, et le thermomètre s’obstine à ne pas faire de concessions. 37° sera son dernier mot. 23° pour la nuit, si tout va bien, et ça sera toujours la canicule. Alors, demain un autre jour ? Que nenni, demain et les jours qui suivront seront pareils : caniculaires, ardents, embrasés et brûlants, et ça ne fait que commencer. Mais bonnes vacances quand même ! n