La lutte contre la consommation de drogues a régressé en Algérie, alors que le nombre de toxicomanes ne cesse d’augmenter chaque année, a indiqué, hier, le président de la Fondation nationale de promotion de la santé et du développement de la recherche médicale (Forem), Mustapha Khiati. En d’autres termes, « la lutte contre la consommation de drogue n’a pas atteint ses objectifs », a regretté M. Khiati au forum d’El Moudjahid dont le rendez-vous d’hier coïncidait avec la célébration, le 26 juin, de la Journée internationale contre le trafic et l’abus de drogues.
Qualifiant cette évolution de « préoccupante », il imputera ses raisons au « manque de volonté politique ». Le plan 2018-2022 de lutte contre les drogues n’a quasiment pas d’existence sur le terrain, et « l’Office national de lutte contre les drogues (ONLD) n’a pas accompli sa mission faute de moyens », a-t-il relevé. D’où la nécessité d’opter pour un autre modèle de lutte, a recommandé le président de la Forem, plaidant, en premier lieu, pour le passage de l’ONLD, créé en 2002, sous la tutelle du Premier ministère et non pas celle de la Justice, laquelle « ne peut être juge et partie », a-t-il argumenté. « Comme partout ailleurs, la lutte contre la drogue est menée par une structure supra-ministérielle et en Algérie, la question concerne pas moins de 24 départements ministériels dont il faut coordonner les efforts » soutiendra-t-il, déplorant, au passage, le choix « coûteux » des pouvoirs publics pour des centres de consultations et de prise en charge des addictions, d’autant que l’efficacité de ces structures est « moindre », a-t-il noté. Dans sa lancée, l’invité d’El Moudjahid, a prescrit la mise en place de « communautés thérapeutiques », afin d’offrir une meilleure prise en charge des toxicomanes.
« Les communautés thérapeutiques sont un moyen de prise en charge et de surveillance du suivi qui ont montré leur efficacité et ne coûtent pas cher », a-t-il expliqué.
Constatant que « la circulation de drogue est très dynamique » et que « nous avons toujours de nouveaux types de drogue (chaque fois plus dangereux) », qui entrent dans le pays, M. Khiati lancera un appel aux responsables concernés pour la création «d’un observatoire de drogue », une structure qui se chargera de dépister tout nouveau type de drogue, avec pour mission principale d’informer toutes les institutions concernées par la lutte contre la drogue. Le volume des saisies des différentes drogues a atteint durant, les 15 dernières années, 211 tonnes, dont 32 tonnes l’année écoulée, alors que celui des arrestations a été de 150 000 durant les 5 dernières années, soit une moyenne annuelle de 30 000, a-t-il détaillé, notant la « surcharge » que cela induit pour les centres de détention. S’agissant du nombre de consommateurs, les études de la Forem menées en 2015 faisaient ressortir qu’entre 15 et 17% des élèves de CEM ont consommé de la drogue, contre 22 à 23% pour les lycéens et 27% pour les universitaires, a-t-il poursuivi, faisant remarquer l’implication des filles dès le cycle moyen.
Ces données ont été « confirmées» par une étude menée en 2017 par le Ceneap pour le compte de l’Office dédié à la lutte contre la drogue, a-t-il soutenu, faisant remarquer que l’Algérie n’est, en outre, pas à l’abri du danger des drogues dures, comme en témoigne la saisie, en 2018, de plus de 700 kg de cocaïne au port d’Oran.