Par Houssem A. M. et S. Oularbi
Pose de la première pierre d’une stèle à l’effigie du chanteur rebelle, qui sera érigée au centre de l’agglomération d’Ath Douala, recueillement et dépôt de gerbes de fleurs sur sa tombe ont marqué le 21e anniversaire de l’assassinat de Matoub Lounès.
L’absence d’un programme commémoratif et de festivités, qu’organise chaque année la Fondation Matoub n’a pas dissuadé les milliers de fidèles du barde de la chanson kabyle de rallier son village natal. Taourirt Moussa Ouamar a vécu, dans la journée d’hier, coïncidant avec le 21e anniversaire de son assassinat une effervescence particulière, marquée par le défilé incessant de visiteurs venant des quatre coins de la Kabylie pour se recueillir sur sa tombe garnie de plusieurs gerbes de fleurs et assiégée par des fournées ininterrompues de jeunes qui immortalisaient ce moment sur leurs téléphones. Dans la matinée, Tala Bounan, un lieudit devenu célèbre depuis cette fatidique journée du 21 juin 1998, a été la destination d’une délégation de la fondation Matoub-Lounès, d’élus, de personnalités politiques et de citoyens pour la traditionnelle cérémonie de recueillement avec dépôt de gerbes de fleurs. La pose de la première pierre de la stèle de Lounès Matoub et de celle de Imache Amar a été, sans doute, le geste le plus marquant de la journée d’hier. Initiée par l’Assemblée populaire communale d’Ath Douala, les stèles à l’effigie des deux hommes seront érigées au chef-lieu de la daïra d’Ath Douala qui associe dans la postérité dans un même sanctuaire deux symboles de la résistance, tous deux natifs du arch Nath Douala, le chanteur Matoub Lounès et Imache Amar, le père fondateur de l’Etoile nord-africaine.
Vérité sur l’assassinat de Matoub : sa sœur appelle à l’ouverture du dossier
Pour la sœur du chanteur et présidente de la fondation qui porte son nom, la quête de la vérité sur l’assassinat du chanteur rebelle et auteur de la célèbre « Agheru » (trahison) ainsi que sur la mort des jeunes manifestants Hamaza Ouali, Aït Idir et Salhi Redouane, tués par balle lors des manifestations qui ont suivi l’attentat qui a ciblé le chanteur est toujours d’actualité. Il en est de même, revendique Malika Matoub, pour l’assassinat des 128 martyrs du Printemps noir 2001.
La présidente de la Fondation Lounès-Matoub appelle les collectifs des avocats, des journalistes et de tous ceux qui écrivent pour la justice et la réparation des sociétés justes de contribuer favorablement pour procéder à l’ouverture du dossier de l’assassinat de Lounès, puisque d’après elle, ce dossier n’a jamais été ouvert. «Lounès a tant donné pour l’amazighité, mais aujourd’hui, on doit ouvrir son dossier. Les avocats dénoncent haut et fort les verdicts qui se tiennent par téléphone, il est temps d’aller vers une justice libre pour concrétiser l’ouverture de ce dossier », dira la sœur du défunt. Malika a indiqué que le peuple s’est réapproprié tous les contextes des chansons qu’a interprétées Lounès tout au long de sa carrière artistique pour une Algérie libre et démocratique. «Nous avons constaté que les portraits de Lounès sont omniprésents lors des mouvements populaires organisés par le peuple depuis le 22 février dernier. Les revendications du peuple, exprimées aujourd’hui, sont les idées pour lesquelles s’est sacrifié Lounès. Malgré son absence, il demeure vivant par ses pensées. Il avait un combat juste et les générations futures sont plus attachées à ses idées qui restent éternelles », s’est elle félicitée.
Par ailleurs, la commémoration de l’assassinat du Rebelle ne se limite pas seulement au niveau de son village, mais les autres communes seront au rendez-vous pour rendre hommage à cet homme de mérite. C’est le cas de l’association Tharwa N’Gaya de Rejaouna, sur les hauteurs de la ville de Tizi Ouzou, qui a décidé de réaliser une fresque de Lounès par un jeune artiste au niveau de la plate-forme du village. « C’est un chef-d’œuvre puisque c’est un dessin fait à la main », dira le président de ladite association, Youcef Radji. Ce dernier a fait savoir qu’une minute de silence sera observée en présence de la soeur de Matoub et de la chanteuse Malika Domrane. Deux chorales musicales seront programmées dans la soirée d’aujourd’hui, la première par l’association Thafath de la localité de Maâtkas et l’autre de Boudjima qui interpréteront les chansons de Lounès. Des témoignages sur le parcours musical et de militantisme de ce monument de la chanson kabyle sont prévus dans l’après-midi de demain», dira le même président de l’association Tha’rwa N’Gaya.<