Reporters : Quelle a été votre réaction vis-à-vis de l’élection de Labatcha à la tête de la centrale syndicale ?
Zahir Battache :
L’élection par les congressistes de l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA) de Monsieur Salim Labatcha, secrétaire général de la Centrale syndicale, en remplacement d’Abdelmadjid Sidi-Saïd, est en soi un non-évènement. Il n’incarne en aucune manière le changement profond tant souhaité par les travailleurs et par les populations sorties depuis le 22 février passé, réclamant le changement de tout le système au lieu d’un changement de façade qui s’opère graduellement et à tous les niveaux, augurant comme à l’accoutumé un changement dans la continuité. Les attentes en matière de changement par rapport à cette organisation, en l’occurrence l’UGTA, sont les mêmes que celles attendues pour le parti du Front de libération nationale (FLN), tous deux appendices du pouvoir politique, qui sont à mon sens d’ordre structurel pour toute démocratie espérée et tout rajeunissement et ne signifient en aucune manière le vrai changement, au contraire tout porte à croire au détournement de la volonté populaire jusque-là exprimée.

Dans son discours, le nouveau responsable a déclaré que la Centrale syndicale n’a pas toujours été à la hauteur de sa mission, faut-il croire alors que son élection est intervenue dans un contexte polémique ?
Si on parle de l’UGTA de Aïssat Idir et celle de Abdelhak Ben Hammouda, tout porte à le corriger. A l’opposé, s’il parle de l’UGTA de ces vingt dernières années, je ne peux que confirmer et plus encore, l’UGTA acquis des seuls travailleurs a été l’otage des prédateurs et d’oligarques au service de tout le monde sauf des travailleurs.

Lors du même discours, il a parlé de l’ouverture aux syndicats autonomes, cela vous paraît-il crédible dans le contexte de clivage important entre la centrale et ces syndicats ?
La volonté des vrais tenants du pouvoir dans mon pays, pour une ouverture aux syndicats autonomes, s’est révélée, depuis le premier jour du Hirak, et ce n’est qu’une tentative d’absorption des revendications de la rue et des milieux travaillistes et à la fois répondre d’une manière «esquive» aux pressions des organisations internationales, plus précisément l’OIT, qui ne cesse d’épingler les pouvoirs publics sur la question. Ce sont des pratiques déjà essayées après les émeutes de 88 par le soi-disant «l’ouverture du champs politique». Le pouvoir en panne d’idée reste confiné dans ses pratiques et semble faire rater encore une fois au pays la chance d’une vraie mutation vers un avenir meilleur. Le vrai changement doit d’abord passer par l’instauration d’un Etat de droit, seul à même de donner une crédibilité à toute action future que ce soit dans la vie syndicale, sociale et économique.

Sur quoi faut-il, selon vous, juger l’action future de Labatcha ?
Vous savez, il me semble que M. Labatcha est venu avec une feuille de route bien ficelée, les seules actions sur quoi il pourra être jugé sont celles qui sortent du contexte de cette feuille de route et de commencer de prime abord par inverser la pyramide déjà intervertie. L’élection d’un secrétaire général de l’UGTA doit parvenir tout d’abord de la base. Pourra-t-il le faire même au détriment de sa personne ? L’UGTA n’enfantera malheureusement pas  – du moins dans cette conjoncture –encore une fois un Aïssat Idir ou un Abdelhak Ben Hamouda.