La nouvelle direction de l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA) annonce un changement radical d’attitude envers les syndicats autonomes. Le nouveau secrétaire général de la Centrale Salim Labatcha affirme que son syndicat croit en le pluralisme syndical et œuvrera à la promotion de l’action syndicale, la défense des intérêts des travailleurs et l’amélioration des conditions de travail.
Il a indiqué, dans une allocution prononcée à l’occasion de la clôture du 13e Congrès de la Centrale syndicale que «l’UGTA croit en le pluralisme syndical et œuvrera en permanence à adhérer à toute démarche visant la promotion de l’action syndicale, la défense des intérêts des travailleurs, la préservation des postes d’emploi et l’amélioration des conditions de travail ». Détaillant sa feuille de route, le nouveau patron de l’UGTA laisse penser que les prochaines sessions des tripartites se dérouleront en présence des syndicats autonomes. Il est allé jusqu’à dire que son organisation est ouverte aux propositions. Cette position est la première de la Centrale syndicale depuis l’instauration du pluralisme syndical par la Constitution de février 1989. Jamais dans le passé, la Centrale syndicale n’a lancé un quelconque message de bonne intention envers les syndicats autonomes. Dans toutes ses déclarations, l’ex-secrétaire général de l’UGTA Abdelmadjid Sidi Saïd chargeait les syndicats autonomes et les traitait de tous les maux. Il justifiait à chaque occasion la décision du gouvernement de ne pas les inviter aux sessions de la tripartite ou autre réunion officielle. Pis encore, la centrale syndicale ne s’est jamais montrée solidaire avec les syndicats autonomes et ses cadres pendant les périodes de conflit avec les pouvoirs publics. En effet, aucune action de protestation menée par les syndicats autonomes n’a eu le soutien ou du moins la solidarité de la direction de la centrale syndicale, bien au contraire, cette dernière tentait souvent de briser leurs actions comme ce fut le cas lors de la fameuse grève des enseignants de l’enseignement secondaire de l’année scolaire 2003/2004.
Réel changement d’attitude ou manœuvre dictée par la conjoncture ?
Cette ouverture sur les syndicats autonomes signifie-t-elle la fin d’une époque et l’ouverture d’une page ou juste une manœuvre tactique dictée par la conjoncture politique agitée que connaît le pays depuis le 22 février dernier ? Une question que nous avons posée à Ahmed Badoui, ancien cadre de l’UGTA et fervent opposant de Sidi Saïd. Pour lui, rien n’a changé avec le départ de Sidi Saïd à la tête de la centrale syndicale de l’UGTA. «Le changement de personne et de discours ne veut rien dire sans un réel changement de fonctionnement», a-t-il déclaré. Il ajoute : «ce nouveau secrétaire général est déjà illégitime. Il a été parachuté par le pouvoir et il est inconnu au bataillon». Poursuivant sa réaction, il dira que celui qui a accepté de se faire élire de cette manière «honteuse» ne peut apporter de changement. En clair, pour M. Badoui, c’est une simple manœuvre du régime en plein Hirak. Le même constat a été fait par le président du Syndicat national des praticiens de la santé publique (SNPSP), Dr Lyes Merabet. «Cet appel au dialogue et au rapprochement avec les syndicats autonomes est un non-évènement pour nous», réagit-il. Il enchaîne : «Nous avons acquis notre reconnaissance grâce à la révolte d’Octobre 88 et de la Constitution de 1989. Nous avons arraché notre reconnaissance après des luttes et des combats». Pour Merabet, les conditions dans lesquelles a été élu le nouveau secrétaire général de l’UGTA démontrent les véritables intentions de cet appel. «La base de l’UGTA, elle-même, dénonce son élection. Qu’il s’occupe de son syndicat et laisse les syndicats autonomes tranquilles», dit-il, avant de déplorer l’attitude des congressistes envers le secrétaire général sortant Abdelmadjid Sidi Saïd. «Applaudir celui qui a accompagné tous les gouvernements dans leurs dérives et politiques contraires aux intérêts de la nation donne une idée sur cette nouvelle direction», tranche-t-il.
D’ailleurs, le secrétaire général de la fédération du textile de l’UGTA, Amar Takdjout, qui a boycotté le congrès de l’UGTA, à la «demande de la base syndicale», dit remettre en cause «les conditions dans lesquelles a été organisé le rendez-vous organique de la centrale syndicale». Pour lui, il faut plutôt parler d’un «congrès préfabriqué où ni les statuts ni le règlement intérieur n’ont été respectés». M. Takdjout a dénoncé, dans ce sens, le fait que des unions de wilayas aient pris part à ce congrès, alors que leurs mandats avaient expiré depuis plusieurs années, citant les exemples de Médéa et Guelma. De son côté, Meziane Meriane, porte-parole du Snapest, estime que le changement doit s’affirmer sur le terrain. «Il faut qu’il prouve ce changement sur le terrain», a lancé le coordinateur national du Syndicat national des professeurs du secondaire et technique.