Le tout nouveau président du Forum des chefs d’entreprise (FCE), Samy Agli, élu hier à l’issue de l’assemblée générale ordinaire élective, aura du pain sur la planche. Il s’agira pour lui, d’abord et avant tout, d’assumer son rôle de redresseur de la barre du bateau FCE en remobilisant ses membres, après les derniers événements qui se sont enchaînés en un court laps de temps et qui ont ébranlé l’organisation patronale. Une vague de démissions avait eu lieu après le désaveu par ses pairs de son ex-président Ali Haddad, en raison des relations étroites qu’il entretenait avec le pouvoir politique en place, alors qu’en ce temps-là, le FCE avait réussi à multiplier par vingt le nombre de ses adhérents et était pratiquement de toutes les tribunes qui plaidaient pour la levée des entraves qui constituaient un frein au développement de l’entreprise. Le nouveau patron des patrons devra donc rétablir le lien solide qui existait entre les entrepreneurs et leur organisation. Une tâche qui s’avère d’ores et déjà périlleuse, d’autant que l’ex-président par intérim du FCE, Moncef Othmani, n’a pu tenir que quelques jours avant de claquer la porte avec fracas en dénonçant «un climat délétère» et «des agressions verbales et physiques» de certains vice-présidents. Même Hassan Khelifati, qui était en course pour la présidence du FCE, avait fini par jeter l’éponge juste après la démission de Moncef Othmani dans des conditions pour le moins contestables en dénonçant, à son tour, «un climat malsain». C’est dire que Samy Agli hérite d’un champ de ruines. Toute la splendeur qu’on a connue du FCE durant deux décennies s’est effondrée en à peine trois mois, après la chute du régime Bouteflika, et son ex-chef s’est retrouvé en prison, pratiquement dans la solitude, lui que tous appelaient «Si Ali». On ne s’attendait certes pas à un élan de solidarité de la part de ses pairs qui se sont tous murés dans le silence, en revanche, on espérait au moins des réactions et des questions sur l’état de l’entreprise algérienne et son avenir dans le contexte de crise économique actuel. Ce silence est d’autant plus surprenant que les membres du FCE se sont toujours enorgueillis de ne pas se taire devant les grandes questions qui touchent au monde des affaires, en général, et à l’entreprise, en particulier. Des patrons qui ont joué le jeu d’un régime voué aujourd’hui aux gémonies. Des patrons qui n’ont même pas eu le courage de s’exprimer sur la situation de leur ex-chef et de la situation du FCE aujourd’hui. Samy Agli, seul candidat à la présidence du FCE, ce qui est symptomatique de la situation critique que vit le Forum depuis des mois, pourrait-il opérer un lifting à l’organisation et remobiliser les patrons ?