Des chefs d’entreprise et de groupes sont en prison. L’incarcération des patrons signe-t-elle l’acte de décès des entités qu’ils dirigent ? Pour Mourad Goumiri, économiste, c’est selon les chefs d’inculpation retenus contre ces patrons que le juge prendra sa décision, précisant que l’entreprise doit continuer à fonctionner.
Intervenant lors d’une émission économique à la télévision algérienne, l’universitaire précise à propos du fonctionnement desdites entités qu’«il appartient au juge de désigner un administrateur».
De son côté, Ali Harbi, expert en gouvernance d’entreprises et stratégies de développement durable, la question est claire : «Avant d’en arriver à la fermeture ou pas de ces entreprises, ou la désignation d’un administrateur, il y a d’abord la problématique interne.» Plus explicite, il souligne que «le drame de la gouvernance du secteur économique est de permettre aux entreprises, qui n’offraient pas de garanties de gouvernance, de bénéficier de crédits et de marchés publics». Pour la désignation d’un administrateur, il précise que la démarche est régie par la loi. «Ce n’est pas un fait du prince, il y a un processus juridique qui se mène», enchaîne-t-il. A la question de savoir si ces entreprises peuvent poursuivre leurs activités, M. Harbi précise que tout est lié à la politique de la gouvernance de ces entités. Toutefois, il soulignera qu’il «ne faut pas qu’il y ait de la surenchère ou de la pression judiciaire sur l’entreprise, laquelle, même si son manager doit aller en prison, constitue un bien social à préserver».
Lui emboîtant le pas, Djelloul Boubir, commissaire aux comptes, appelle à la sauvegarde de l’outil de production nationale et s’interroge sur la situation de la comptabilité de ces entreprises par rapport aux normes internationales requises.
Sur sa lancée, il indique que la situation juridique de certains managers de grands groupes «jette un climat de suspicion sur les autres opérateurs et détériore l’image qu’ont les partenaires sur l’Algérie». Dans une autre optique, les trois experts ont rebondi sur le risque de voir l’Algérie chuter sur l’échelle d’évaluation des agences internationales d’évaluation, précisant que si le pays s’enfonce dans la crise politique, la dégradation de notation serait inévitable. Unanimes, ils relèvent que ces agences temporisent encore afin de voir l’issue de la situation difficile que vit le pays depuis quatre mois. A ce sujet, Ali Harbi apporte des précisions et estime que «la crise économique qui se profile n’est pas le résultat de la crise politique de court terme. C’est plutôt l’inverse. Cette crise politique est le résultat d’une dérive institutionnelle et économique vécue depuis de longues années», déplorant la sourde oreille du gouvernement aux appels réitérés des experts, comme le Cercle d’action et de réflexion autour de l’entreprise (Care) qu’il représente, depuis 2009, et le groupe Nabni depuis 2011. Rappelons que le Care a mis en garde contre nombre d’incohérences, proposant une série de solutions. Il est question de la réduction de la dépense publique au profit d’autres modes de financement, la suppression graduelle du système des subventions, plus de souplesse dans la règle 51-49 avec l’adoption d’une politique volontariste d’accueil des investissements directs étrangers, ainsi que dans la gestion du commerce extérieur, la simplification du climat des affaires et la privatisation des entreprises publiques.