Alors que le mouvement populaire du 22 février se cherche un consensus des plus larges autour d’une feuille de route, à même de constituer une alternative à la voie défendue par le pouvoir, l’opposition se trouve divisée. Les démocrates d’un côté et ceux qui se réclament du courant islamiste nationaliste de l’autre. Chacun d’eux prépare une conférence nationale dans l’objectif de proposer un plan de sortie de crise. Mais voilà que les idées défendues ici et là constituent plus matière à creuser le fossé entre les acteurs de l’opposition. En ce début de semaine, les sorties de Abdallah Djaballah, chef du parti El Adala, et Abderrezak Makri, président du MSP, prouvent que même en termes de propositions, il y a incapacité en la matière. Pour Djaballah, « la crise que vit le pays ne peut être réglée que par un dialogue souverain, sérieux et responsable avec l’institution militaire». Un appel franc à l’institution militaire pour être un acteur de la solution. Dans le même ordre d’idées, Makri a estimé, lors d’une rencontre partisane dédiée à la mémoire du cheikh Mahfoud Nahnah, que sur la scène politique, il y a deux forces qui peuvent agir à des degrés différents, l’institution militaire et le Hirak populaire. « L’institution militaire, qui a pris conscience que le Hirak est un fait historique, a décidé de l’accompagner et de le soutenir », a déclaré le chef du MSP qui, indirectement, avoue l’incapacité de la classe politique à constituer une alternative au plan du pouvoir en place.
C’est donc à se demander quelle utilité pour le conglomérat des « Forces de changement pour le triomphe du choix du peuple », dont sont animateurs le MSP et El Adala, en plus d’autres partis et personnalités nationales, d’organiser une conférence nationale et avec quels participants ? Une question qui s’impose d’autant qu’un autre obstacle vient entraver la réussite de la démarche. En effet, les partis dits de la mouvance démocratique ne s’identifient pas tellement dans le chemin prôné par les « islamistes-nationalistes ». Pour cause, le FFS, le RCD, l’UCP, le PT, le PST, le PLD, le MDS et la LADDH insistent sur une «transition démocratique comme nécessité » lors de laquelle les bases d’un nouvel ordre constitutionnel seront mises en place. C’est-à-dire aller vers une Constituante.
Ces partis ont annoncé une première rencontre pour ce 26 juin. Histoire de se démarquer de la conférence que préparent « les forces du changement ». Il semblerait, sur ce registre, que les efforts menés par Abdelaziz Rahabi, ancien diplomate, en vue de convaincre le FFS et le RCD de rejoindre la coalition menée par Djaballah et Benflis n’aient pas réussi. D’où le clash non déclaré entre les démocrates, d’un côté, et les nationalistes-islamistes, de l’autre.
Une situation qui pourrait se dégrader encore au fur et à mesure des déclarations des uns et des autres. « Le courant islamiste-nationaliste est le plus dominant sur la scène politique.
Cela va immuniser la révolution des tentatives d’infiltration et nous pouvons alors être tranquille pour l’unité de la nation », a soutenu Djaballah dans un entretien à nos confrères d’El Khabar. De quoi déclencher des animosités entre les deux courants et pousser ses adversaires politiques à répliquer. Pourtant, l’opposition, en ces temps de crise nationale, n’est nullement dans le besoin de querelles qui divisent ses rangs. Bien au contraire, plus que jamais, l’union de toutes les forces vives est plus qu’une nécessité. L’opposition est-elle en train de rater un autre virage de son histoire ?H. M.