La mise sous mandat de dépôt de 16 manifestants ayant été arrêtés lors de la 18e marche du vendredi pour avoir brandi l’emblème amazigh, plusieurs actions de dénonciations ont eu lieu, hier et avant-hier. Ces actions visent également à mettre de la pression pour obtenir la libération de ces jeunes manifestants accusés du « port d’un drapeau autre que celui national » et « d’atteinte à l’unité nationale ».

Pour ces griefs, notamment le second, le Code de procédure pénale prévoit un emprisonnement allant d’un à dix ans de prison ferme. Face, donc, à la décision de la justice de mettre sous mandat de dépôt ces manifestants, à Alger, Béjaïa, Bouira, Bordj Bou Arréridj, Tizi Ouzou ou à Oran, plusieurs citoyens ont manifesté leur indignation face à cette décision. A Béjaïa, c’est la ville d’Ifri-Ouzellaguen qui a été, hier, paralysée par une grève générale suivie d’une marche populaire dans les principales artères de la ville (lire article de Salim Bennour). Les marcheurs réclament la libération des détenus dont l’un d’eux est originaire de la ville. A la ville de Béjaïa, des citoyens ont tenu un sit-in à la Place Saïd Mekbel pour dénoncer cet acte qu’ils ont qualifié d’arbitraire. Idem à Alger, plusieurs citoyens ont tenu un sit-in devant le tribunal Sidi-M’hamed pour dénoncer l’arrestation des manifestants. Sur place, journalistes, avocats, militants, artiste… ont réclamé la nécessaire libération des détenus, compte tenu de l’absence d’un texte de loi condamnant le port de cet emblème. Idem à Bouira, où les citoyens de Haizer ont organisé une marche dans leur ville suivie d’une grève générale. « Ce drapeau représente notre appartenance culturelle et linguistique et il n’est, en aucun cas, adversaire de l’emblème national », ont-ils dénoncé, réclamant la libération des détenus. A Bordj Bou Arréridj, une action similaire a été organisée, suite, notamment à l’arrestation d’un jeune médecin exerçant à l’hôpital de la ville qui aurait arboré l’emblème amazigh dans son cabinet. A Oran, un jeune vendeur des drapeaux amazighs a été également présenté devant le procureur de la République qui l’aurait placé sous mandat de dépôt. A Tizi Ouzou, des citoyens ont manifesté, hier, leur indignation face à ces arrestations qu’ils ont qualifiées, eux aussi, d’arbitraire. Toujours dans la ville des Genêts, un collectif d’avocats a appelé, dans une déclaration, à la mobilisation pour libérer ces détenus. Ces avocats ont dénoncé «les accusations farfelues» portées contre les détenus et se sont engagés à défendre « bénévolement» les détenus.
D’autres actions sont prévues aujourd’hui, notamment à l’occasion de la marche hebdomadaire des étudiants dans plusieurs villes du pays. A signaler que tous les manifestants ayant pris part aux actions de dénonciations et de soutien aux détenus ont exhibé, non sans fierté, le drapeau amazigh. A Alger, Béjaïa, Tizi Ouzou ou à Oran, ils ont tous tenu à défier la décision de son interdiction. Aux côtés de ces actions de terrain, certains partis n’ont pas été en reste. Au-delà du fait que leurs militants ont pris part à ces actions, leur direction a tenu à dénoncer ces arrestations. Le FFS réagit une seconde fois et dénonce « avec extrême vigueur la mise en détention de citoyens algériens qui portaient l’étendard amazigh et condamne les poursuites judiciaires entreprises contre eux, basées sur des accusations dénuées de tous fondements », lit-on dans un communiqué signé par Hakim Belahcel. Le communiqué a ajouté que «porter l’emblème amazigh est un acte qui atteste l’appartenance à l’identité et à la culture amazighes facteur d’intégration de l’ensemble nord-africain et ne peut en aucune manière et sous aucun prétexte être assimilé à une tentative d’attenter à l’unité nationale et à l’emblème national ». Le FFS considère que « cette campagne est une véritable contre-révolution menée contre le sursaut populaire pacifique engagé avec succès depuis plus de quatre mois maintenant », estimant que « la réaction exemplaire et massive du peuple algérien à l’occasion du 18e vendredi révolutionnaire, en brandissant ensemble, l’emblème national et amazigh, constitue une réponse concluante et forte ». Rappelant que « le texte de la Constitution atteste et confirme, le caractère national et officiel de tamazight», le FFS indique qu’il est «irraisonnable et affligeant de criminaliser ses symboles et ses repères en toutes circonstances ».