Mobilisation générale à Ouzallaguen, ce bastion emblématique de la résistance, depuis l’invasion romaine, jusqu’à l’indépendance. Mobilisation et colère contre l’incarcération de l’un des siens, avec quinze autres manifestants, placés avant-hier sous mandat de dépôt pour port du drapeau amazigh. Ouzellaguen, fief où se tient le congrès de la Soummam, a payé un lourd tribut pour l’indépendance de ce pays. Aujourd’hui, par la faute d’un système qui a décidé de criminaliser le port du drapeau amazigh, un de ses enfants, Tahar Oudihat, est emprisonné à El Harrach avec 15 autres citoyens ayant manifesté pacifiquement à Alger. Grande indignation depuis dimanche, à l’annonce de la mise sous mandat de dépôt des prévenus dans l’affaire des drapeaux amazighs. Et surtout des chefs d’inculpations retenus contre les prévenus. L’action est vite décidée : grève générale et marche de protestation. Hier donc, Ouzellaguen était une ville morte. Grève suivie à 100%
4 heures durant, de 8h à 12h. Service minimum garanti, pour la pharmacie notamment. La marche, qui a démarré vers 10h, a rassemblé plus de 1 000 personnes. Les travailleurs de l’usine d’Ifri, où exerce Tahar, étaient de la partie. Aux premiers rangs, beaucoup de femmes, dont la mère et la sœur de Tahar arborant des pancartes sur lesquelles était écrit : «Libérez mon fils, Tahar Oudihat» pour la première, et «Libérez mon frère» pour la seconde. D’autres membres de la famille, et même un bébé en poussette, suivaient les citoyens d’Ouzellaguen, drapés du drapeau national et amazigh. Les mots d’ordre, slogans et banderoles exigeaient la libération de Tahar, mais aussi celle de tous les détenus d’opinion. Beaucoup de colère anti-système. La procession a sillonné l’artère principale du village devenu petite ville et a fini, symboliquement, devant le carré des martyrs d’Ifri-Ouzellaguen de la Révolution, mais aussi des martyrs, au nombre de quatre, de 2001. Prise de parole des organisateurs et du frère aîné de Tahar qui, la gorge nouée, sous le coup de l’émotion ne put finir son allocution. La marche se termine dans le calme et déjà plusieurs citoyens et militants prennent la route pour Béjaïa, où un autre rassemblement aura lieu à 18h.
Pour la petite histoire, Tahar Oudihat est le seul manifestant à avoir été arrêté, arborant l’emblème… national et une casquette de la JSK…n