Comme il fallait s’y attendre, l’assemblée générale ordinaire élective du Forum des chefs d’entreprise (FCE) a plébiscité, hier, Mohamed Samy Agli président de l’organisation patronale, un poste pour lequel il était le seul en lice pour succéder à Ali Haddad, qui
a démissionné du poste avant son incarcération pour « faux et usage de faux ».

Délégué du FCE à la wilaya de Biskra depuis 2014 et membre du Conseil exécutif et vice-président de la même organisation patronale depuis fin 2018, il prend ainsi les rênes d’une organisation qui traverse une période de crise depuis la chute du pouvoir de Bouteflika, qui a entraîné celle d’Ali Haddad. Le plébiscite d’Agli, qui permet au FCE de tourner la page de son ancien président, a eu lieu au siège de l’organisation à El-Mouradia, contrairement aux rendez-vous similaires tenus par le passé dans des hôtels huppés de la capitale et avec le faste des grands jours. Et sitôt l’opération de vote expédiée, les premiers signes d’un changement dans le mode de gestion du Forum prenait forme avec notamment un rajeunissement de la composante du Conseil exécutif – organe administratif – qui compte 35 membres.
L’une des branches du FCE, à savoir JIL FCE, d’où est issu le désormais président du Forum, vient de changer de chef, confié à Ayrade Lamine, patron d’une boîte spécialisée de l’hébergement sur le net, en remplacement de Mohamed Skander, gérant d’un cabinet de consulting, démissionnaire du club des jeunes patrons.

Un forum apolitique pour redorer le blason au FCE
Samy Agli compte faire de l’organisation patronale une force de proposition pour la performance économique du pays, car le but est de « bâtir » une économie nationale en faisant des propositions pour le changement.
« On va proposer, proposer et proposer pour l’intérêt de l’économie nationale », c’est en ces termes que le nouveau président du FCE a résumé sa mission, lors d’une conférence de presse, hier, à l’issue de son élection. Il a pris l’engagement de faire du FCE une association « apolitique » qui s’occupera exclusivement de « l’économie ».
M. Agli a indiqué que son premier engagement était de rendre le Forum « apolitique », recommandant, dans ce sens, que « l’exercice de la politique devrait se faire en dehors de l’organisation et sans l’utilisation des moyens de cette dernière ». Selon lui, le FCE a commis des « erreurs de fond », en affichant par le passé des positions politiques, ce qui a, a-t-il estimé, « nui à l’image » de cette organisation patronale.
Il a fait savoir, dans ce sens, que le FCE s’attelle à la préparation d’une charte de membre, qui engage le chef d’entreprise à respecter les statuts internes de l’organisation. « Personne ne fera de la politique au nom du FCE, cette organisation ne financera aucun candidat pour aucune échéance électorale », a-t-il dit. Le membre qui faillira à ses engagements sera automatiquement sanctionné, a-t-il averti.
Il rappelle que le FCE est créé pour défendre les chefs d’entreprise et booster l’économie nationale. Cela n’interdit pas qu’un membre fasse de la politique à titre individuel. « Celui qui veut se prononcer sur la politique, qu’il le fasse, mais sans enrôler le FCE», prévient le patron du groupe éponyme de l’agroalimentaire. M. Agli s’est montré confiant quant à la tendance de « la remobilisation » au sein des membres du Forum, qui a connu une série de départs et de retraits jusqu’à susciter des interrogations quant à l’avenir du FCE. « On va rester dans le cadre des statuts internes du FCE, ils seront nos seuls référents ». Ce dernier juge déraisonnable de porter des jugements sur le FCE, car sur ses 20 ans d’existence, le FCE a pu réaliser des avancées. C’est avec le conseil exécutif, qui a à son actif 35 membres et qui est composé, entre autres, de trois délégués pour chaque région, deux femmes entrepreneurs, et les autres membres du FCE que la nouvelle politique et plans d’action seront mis en place pour régler les obstacles qui entravent les chefs d’entreprise et booster l’économie nationale.
Dans son programme de campagne, M. Agli s’était engagé à lancer une « profonde réflexion » en concertation avec l’ensemble des membres du Forum, dans une quête de transformation durable. Il prévoit, à ce titre, de créer un comité pour mener des consultations inclusives sur les moyens permettant de développer l’organisation. Le comité se chargera aussi d’étudier la question de la transformation du FCE en syndicat. Le programme de M. Agli comporte également plusieurs engagements visant « la valorisation des grandes entreprises », « la décentralisation et l’amélioration de la collaboration avec les délégations locales du Forum », ainsi que « l’accompagnement des PME/TPE et la redynamisation de Jil FCE, considéré comme l’un des plus importants acquis » de l’organisation. C’est avec transparence que le patron du Groupe Agli compte regagner la confiance des hommes d’affaires, redorer le blason FCE et convaincre les démissionnaires de rejoindre à nouveau le giron de l’organisation patronale. « Le FCE n’appartient pas à son président. Il appartient à tous les chefs d’entreprise qui y siègent », précise M. Agli, qui fait savoir qu’il ira voir les 40 démissionnaires pour les convaincre d’adhérer à nouveau au FCE. Il tentera, selon son plan d’action, de retrouver l’ancien FCE. L’ancien patron et membre fondateur du JIL FCE dit vouloir entretenir des liens de « partenaires et d’échanges avec les autorités publiques ».
S’agissant des investisseurs et entreprises, qui recourent souvent aux banques pour solliciter le financement et mener à bien leurs projets, « la décision appartient aux chefs d’entreprise. La banque dans le monde entier vit de son rapport avec le client », rappelle M. Agli.<