Dans cet entretien, le premier responsable du Conseil d’affaires algéro-américain aborde la participation des Etats-Unis à la 52e FIA, l’évolution des échanges économiques, ainsi que l’impact de l’absorption de la compagnie Anadarko par Occidental sur le secteur pétrolier algérien. Il annonce également la création prochaine d’une maison de l’Algérie et une zone franche à Baltimore.

Reporters : Quelle est l’importance de la participation américaine à la 52e Foire internationale d’Alger ?
Smaïl Chikhoune : Nous enregistrons la participation de 23 compagnies américaines, dont 3 qui participent pour la première fois : Bear Manufacturing, qui vient de conclure à la Foire un partenariat avec la société privée algérienne Tassili Co, pour la fabrication de pièces ou d’éléments intervenant dans le forage pétrolier, dans une usine qui sera implantée à Hassi Messaoud, Global Venture Consulting, spécialisée dans le conseil aux entreprises, et Yardeney Water qui est en discussions avec un partenaire algérien pour la fabrication, en Algérie, de gros filtres permettant la purification de l’eau destinée à l’irrigation. Les Etats-Unis occupent tout un pavillon. Les compagnies présentes interviennent dans les secteurs de l’agriculture, de la construction, de l’agroalimentaire, du médicament et des services.

A combien évaluez-vous l’évolution des échanges économiques entre l’Algérie et les Etats-Unis en 2018 ?
Les chiffres ne sont pas encore disponibles. Mais on estime entre 5 et 5,8 milliards de dollars la valeur des échanges commerciaux entre les deux pays en 2018. L’Algérie a exporté vers les Etats-Unis pour 3,4 milliards de dollars et importé pour 1,4 milliard de dollars. Les investissements américains dans le secteur pétrolier en Algérie se sont stabilisés par rapport à l’exercice 2017. On les estime à 800 millions de dollars. D’autre part, des discussions sont en cours pour la réalisation d’un investissement du laboratoire Lilly dans la production de médicaments en Algérie. Un partenariat dans le domaine agricole pour la mise en valeur de 5 000 hectares de terres agricoles dans le sud algérien est également en voie de finalisation.

Comment les compagnies américaines perçoivent le marché algérien dans la situation politique actuelle ?
Les grosses compagnies américaines comme Exxon Mobil sont dans une situation d’attentisme. Elles attendent la décantation politique pour décider de s’engager en Algérie. Plus précisément, elles attendent la nomination d’un gouvernement légitime, issu d’une l’élection présidentielle, dont les résultats sont acceptés par la population, une vision de cet exécutif sur 5 ans à 10 ans. Pour les compagnies pétrolières, à la décantation politique devra s’ajouter la promulgation de la nouvelle loi sur les hydrocarbures, c’est-à-dire un nouveau cadre régissant le secteur qui soit attractif pour l’investissement étranger. Les petites et moyennes compagnies américaines, pour certaines, s’intéressent à l’investissement en Algérie, en dépit de la situation politique (cas de Bear Manufacturing). Elles considèrent que l’Algérie a un important potentiel et croient à l’investissement en Algérie.

Comment voyez-vous l’impact de l’absorption d’Anadarko par Occidental sur l’investissement pétrolier américain en Algérie ?
Il est clair que l’absorption de la compagnie américaine Anadarko par la compagnie américaine Occidental aura un impact sur l’investissement pétrolier américain sur l’Algérie. La compagnie Occidental a décidé de vendre ses actifs africains dont les gisements HBNS, Ourhoud et El Merk, en Algérie à Total (si Sonatrach n’exerce pas son droit de préemption sur les parts d’Anadarko sur ces gisements, Total détiendrait alors ces parts, ndrl). Mais d’autres compagnies américaines, nouvelles sur le marché algérien, comme Exxon Mobil, Chevron et Marathon Oil, s’intéressent actuellement à des investissements dans le secteur pétrolier algérien. Il reste d’importantes quantités d’hydrocarbures, selon les convictions de ces compagnies, à découvrir autour de Hassi Messaoud, Hassi R’Mel et dans le bassin de Berkine. Le domaine minier algérien reste insuffisamment exploré. Mais c’est coûteux. Ces compagnies sont prêtes à partager le risque avec Sonatrach. Avec un nouveau gouvernement accepté par la population et une nouvelle loi sur les hydrocarbures attractive, ces compagnies s’engageront certainement dans le pays.
Quel est l’agenda du Conseil d’affaires algéro-américain en matière de développement des échanges économiques entre les deux pays ?
En septembre, Sonatrach participera du 17 au 19, au Congrès mondial du gaz (Gastech) à Houston. A l’occasion, le Conseil d’affaires algéro-américain organisera une journée Algérie au cours de cette rencontre. Nous allons organiser également des roads shows, en octobre et novembre prochain, à Oran, Mascara, Sidi Bel Abbès, Relizane, Mostaganem, Blida, Aïn Defla, Menaâ, Biskra, Ouargla. Des agriculteurs des Etats de l’Iowa, de Californie et de l’Utah viendront présenter, lors de ces rencontres avec les agriculteurs algériens, en octobre et novembre prochain, leur expérience dans la culture des céréales, l’engraissement des bovins, les aliments du bétail et l’irrigation. Parmi ces agriculteurs, certains ont une expérience dans les cultures en zone aride ou semi-aride. Les 18 et 19 novembre, une rencontre sur le recyclage des déchets, notamment les déchets plastiques, avec le concours de Coca Cola, ainsi que sur les énergies renouvelables aura lieu à Alger. La seconde journée sera consacrée aux énergies renouvelables. Des experts et des industriels américains du recyclage des déchets et en énergies renouvelables seront présents. Enfin, avec le concours du Conseil d’affaires algéro-américain, une maison Algérie sera créée à Baltimore au bénéfice des entrepreneurs algériens. Il est prévue dans la foulée de créer une zone franche qui servira de zone de déstockage dans le port de Battimore, auquel auront accès les opérateurs algériens et qui facilitera les exportations de produits algériens vers les Etats-Unis. Des relations de business vont se créer et une coopération entre l’Institut supérieur d’agronomie et l’Ecole supérieure de commerce algérienne avec l’université de Baltimore est prévue. Cette maison de l’Algérie sera prête vers la fin de l’année, ou au courant de l’année 2020. n