Contacté par Reporters, Mohamed Chérif Belmihoub, économiste, considère que la suppression de la planche à billets, annoncée par le porte-parole du gouvernement, est une mesure sage.
« Il était temps de mettre fin à cette démarche irrationnelle, irréfléchie et dont les objectifs inavoués étaient certainement de financer les marchés publics attribués à certaines entreprises », a-t-il ajouté.
La loi rappelle-t-il, autorise la mise en oeuvre de la planche à billets, c’est-à-dire l’impression démesurée de billets en dinars, pendant une période de cinq ans, soit jusqu’à 2022. « Si cette mesure avait été maintenue, l’Algérie allait vers une banqueroute dans un an ou deux», ajoute l’économiste. Maintenant que la planche à billets est supprimée, il souligne qu’il faut aller désormais à des solutions économiques à des problèmes économiques. En ce sens, il suggère une série de mesures destinées à mobiliser de nouvelles ressources financières pour faire face aux besoins du Trésor, réduire le déficit et revenir aux équilibres du budget et du Trésor.
Il s’agit, préconise-t-il, de fiscaliser l’argent constitué grâce à la dépense publique (ndlr, l’argent des oligarques) et mettre fin aux avantages fiscaux accordés par l’Etat à une catégorie de personnes au nom de la promotion de l’investissement, rationaliser les dépenses publiques, réduire le train de vie de l’Etat, réduire les dépenses de certaines institutions qui ne représentent aucun intérêt pour la population, s’attaquer aux niches fiscales générées par l’économie informelle.
L’économiste préconise, également, d’augmenter progressivement les prix de certains produits subventionnés, c’est-à-dire mettre fin graduellement aux subventions indirectes sur les carburants, tout en prévoyant un mécanisme d’amortissement de l’impact de la mesure sur le pouvoir d’achat des citoyens, en particulier sur les couches défavorisées de la population.
Mohamed Cherif Belmihoub suggère également un recours prudent à l’endettement extérieur. « Il s’agit de commencer à négocier l’octroi de prêts concessionnels, c’est-à-dire à des conditions favorables en termes de taux d’intérêt et de durée du crédit (crédit long terme) auprès notamment de la Banque africaine de développement, la Banque mondiale et la Banque arabe de développement.
Il faut rappeler qu’un large cercle d’économistes nationaux s’était opposé à cette mesure pour ses répercussions négatives sur l’économie nationale. Elle était fortement inflationniste et allait entraîner une importante dévaluation du dinar. La planche à billets est également considérée comme la source de la baisse importante des réserves de change du fait de la facture d’importations maintenue à la hausse en raison d’une augmentation de la dépense publique qu’elle favorisait.n