Le Forum des chefs d’entreprises (FCE) tiendra aujourd’hui une assemblée générale ordinaire élective qui sera sanctionnée par l’élection d’un nouveau président de l’organisation, qui a pris une place importante, ces dernières années, non seulement dans le monde de l’entreprise, mais aussi dans celui de la sphère politique, au vu notamment de la proximité entretenue par son ex-président, Ali Haddad, avec le pouvoir politique sous le règne d’Abdelaziz Bouteflika.

Le rendez-vous d’aujourd’hui sera ainsi celui de la succession dans laquelle on ne retrouve qu’un seul candidat en la personne de Sami Agli, patron du groupe familial éponyme spécialisé dans l’agroalimentaire, qui vient de boucler «dans la sérénité et la confiance une campagne électorale» qui l’a vu prendre langue avec l’ensemble des patrons d’entreprise, a-t-il indiqué à Reporters. Avec son programme électoral exposé sur une vingtaine de pages, M. Agli évoque, sans l’usage de non-dit, un forum plutôt « apolitique ». S’agit-il d’une rupture avec la gestion Haddad, marquée par des rapports controversés avec le pouvoir politique ? « Non, il ne s’agira pas d’une rupture, mais plutôt d’un changement de cap », nous a-t-il expliqué, relevant la nécessité pour le FCE de retrouver « son ADN portée sur la défense des intérêts de l’entreprise ». S’agissant des rapports qu’il privilégierait avec les autorités publiques, une fois aux commandes de l’organisation, le membre fondateur de Jil FCE, en 2015, a indiqué qu’il sera question de rapports de « partenaires » et d’échanges « en toute indépendance ». L’état d’esprit qui règne au sein du FCE, fortement bousculé par la réplique qu’il a vécue en conséquence du départ de l’ancien président Bouteflika sous la pression du mouvement populaire, M. Agli se réjouit d’une tendance à « la remobilisation » au sein des membres du Forum, qui a connu une série de départs et de retraits jusqu’à susciter des interrogations quant à l’avenir du FCE créé en 2000.
Rebondissements
Le Forum des chefs d’entreprise, qui regroupe 4 000 chefs d’entreprise représentant plus de 6 000 entreprises, traverse une période de doute et d’instabilité depuis le mois de mars dernier, c’est-à-dire depuis l’annonce du retrait d’Ali Haddad du poste de président. Celui qui l’avait remplacé, à titre intérimaire, Moncef Othmani, n’a pas mis beaucoup de temps pour jeter l’éponge avant l’heure. Cette énième démission intervenait alors que l’organisation préparait l’assemblée générale et l’élection dans laquelle étaient en course Agli Sami et Hassane Khelifati. Le patron d’Alliance Assurance a renoncé lui aussi à sa candidature à la présidence du Forum.
Le retrait de Khelifati a été par ailleurs accompagné par la démission, avec fracas, du président intérimaire qui, dans une lettre adressée aux membres de l’organisation, a pris tout le monde de court en annonçant sa démission.
« Après mûre réflexion et conformément à mes principes, valeurs et éducation, je n’ai d’autre choix que de vous présenter ma démission de ma fonction de président par intérim du FCE à compter de ce jour », a-t-il signifié dans une déclaration qui a mis l’organisation dans une situation inconfortable. Il a ainsi décidé de ne pas aller au bout de sa mission, alors qu’il a été plébiscité par le conseil exécutif du FCE pour assurer l’intérim d’Ali Haddad, qui n’est plus en poste depuis le 28 mars 2019.
Le retrait de Othmani a été vite suivi par celui du candidat Khelifati, qui a évoqué « un climat malsain prévalant dans la préparation de l’élection ». Il expliquait alors qu’«une pression permanente, des agressions verbales et mêmes physiques, des magouilles et des tentatives de déstabilisation, émanant de certains membres du bureau exécutif, sont venues semer le trouble», estimant que «les tenants de l’ancienne gouvernance résistent au changement et tentent de maintenir le statu quo en usant de tout type de manœuvres ».
Et c’est suite à ce double retrait que le conseil exécutif a pris la décision de nommer un autre président par intérim en la personne de Rahmoun Zergoune, tout en maintenant le processus d’organisation de l’assemblée générale ordinaire élective d’aujourd’hui.<